Subscribe Now
Trending News
Blog

[INTERVIEW] Zainab Fasiki 

  • Q1: Zainab Fasiki, est ce que vous pensez qu’il faut aujourd’hui dé-masculiniser les arts?
  • R1: Bien évidemment, le milieu artistique est encombré de masculinité, il y existe une domination masculine. Pour répondre à cette question, je dois parler de la vérité de l’histoire de l’art, on nous apprend cette dernière dans les universités, il faut admettre que dans cette histoire existe des défauts, comme le sexisme. On peut voir que ceux qui ont commencé les peintures, avant la renaissance, on trouve Venus, La Vierge, on y voyait des femmes nues, sachant que ces tableaux sont dessinés par des hommes, et pas des femmes, et sachant que durant cette période les femmes n’avaient pas le droit à l’éducation, soit pour faire de l’art ou autre, elles avaient besoin de l’autorisation de leurs pères, frères ou maris pour voyager ou aller à l’école, etc. Donc dans cette histoire de l’art, on peut voir la femme dénudée très présente dans les tableaux dessinés par les hommes, car elle était un fantasme pour ces dessinateurs. Et bien sûr, c’est une domination masculine qui doit être éradiquée. Et pour répondre à votre question, je pourrais dire que, en tant que femme qui dessine des personnes nues, je vois une grande différence entre moi et les hommes qui font la même chose et partagent leurs dessins sur les réseaux sociaux. Donc il y a beaucoup de marocains, auxquels je suis abonnée, et dont j’aime le travail, qui dessinent aussi des femmes nues, et ne sont pas lynchés, personnes ne les utilisent pour créer des Memes. Mais le moment où une marocaine a été assez courageuse pour dessiner de la dénudation, on a considéré que c’est Hchouma (pudique) pour une femme de le faire.  C’est pour cette raison que le jour où la femme sera libérée de cette image de fantasme dans la peinture, cette domination pourra enfin être dissolue. Alors, pour que cette domination masculine soit enlevée de l’art, il existe aujourd’hui un collectif féministe qui s’appelle Guerrilla Girls, qui ont exposé une grande affiche à côté des musées du monde entier, pour s’interroger: les femmes doivent-elles être nues pour rentrer aux musées? Et grâce à cette question, les tableaux qui se vendent à des millions de dollars ne sont plus vus de la même façon. 
  • Q2: Zainab, je voudrais vous poser une deuxième question, aujourd’hui il existe beaucoup d’artistes hommes qui, quand ils sont questionnés sur l’inclusion des femmes dans l’art, répondent que l’art n’a pas de genre et que c’est les femmes qui veulent l’y intégrer. Comment peut-on analyser cela?
  • R2: Tout homme qui répond à ces questions là de cette manière, il y a ceux qui disent que maintenant c’est 2020, et qu’il n’y a pas de différence entre homme et femme, et que nous sommes en train d’abuser, avec ce genre de réponses, nous choisissons le silence, face à un passé amère que les femmes ont enduré. Je voudrais ici donner une partie de ma définition de la masculinité,  pour moi la masculinité c’est aussi admettre le privilège et les avantages qui  vous sont donnés pendant toute l’histoire de l’humanité. Au sein du foyer par exemple, soi disons qu’un homme et une femme doivent laver la vaisselle, à chaque fois que l’homme le fais, il est applaudit, la masculinité est de ne pas être applaudit quand on fait sa tâche. Revenons à l’art, il ne faut pas oublier que quand on parle d’art, on part aussi d’une industrie génératrice de revenu, à part ceux qui dessinent dans leurs maisons, qui ne commercialisent pas leurs oeuvres, et parmis eux se trouvent beaucoup de personnes qui respectent les femmes est qui ne sont pas dans le sexisme. Mais quand on rentre dans l’industrie où il y a de l’argent, ici la morale commence à disparaître. Et ceci a joué un grand rôle, on voit par exemple dans le cinéma, le mouvement Metoo a révélé tout ce qui se passait derrière les rideaux. Beaucoup d’hommes utilisaient leurs privilèges pour des fins financières et sexuelles. De ce fait, grâce à Me Too, beaucoup d’hommes ont rejoint le mouvement pour dire que eux aussi sont fatigués de cette situation, et ceci est une grande partie de la solution du problème du sexisme.
  • Q3: Peut-on parler d’un mouvement Me Too au Maroc?
  • R3: Me too existe dans tous les pays. Le problème au Maroc, c’est que premièrement, les victimes de viol ou de harcèlement ne peuvent pas en parler, pour de nombreuses raisons, comme la peur pour leur réputation, la peur de perdre son travail en tant qu’actrice ou dessinatrice, j’en connais plusiers d’ailleurs. Donc il y a aussi ce côté économique, on ne peut pas accuser une femme qui ne veut pas parler de stupide. Certes on peut l’encourager à parler, mais qui va rester avec elle quand elle n’aura plus de travail et d’argent de quoi vivre. C’est pour cela que le féminisme ne doit pas être seulement des paroles, mais des actions aussi. Donc comme j’ai dit au cinéma, dans beaucoup de films, la femme a soit un rôle secondaire, soit elle est présentée comme un élément sexy qui va attirer le public. Pourquoi met-on les films avec des protagonistes féminins dans la section “girls”? Pourquoi les hommes ne sont-ils pas fan des films où les héros sont des femmes? Donc même dans l’art, le normal, le neutre, c’est l’homme, et la femme est secondaire qui n’attire l’intérêt que du public féminin. 
  • Q4: Comment l’art peut-il nous aider aujourd’hui dans la promotion du genre, la justice sociale, l’égalité entre tous les genres, hommes, femmes, queers, etc.
  • R4: Pour moi l’art est un outil pour faire une manifestation, c’est une arme politique et sociale, ce n’est pas seulement une passion. je vais parler par exemple de l’artivisme, moi je suis artiviste, soit artiste et activiste, ce terme d’artivisme est récent. Un grand exemple des artivistes est Banksy, qui dessine sur les murs en insultant tous les politiciens. Je pense qu’on doit penser à l’artivisme comme type d’art qui peut porter plusieurs messages. Quand je dis que ces problèmes doivent être résolus, on doit aussi parler de politique. On ne peut pas continuer à parler entre nous dans les fêtes, conférences ou autres. Il faut savoir que tout ce qui se passe maintenant provient aussi d’une autorité religieuse, politique et médiatique. Donc si on ne travaille pas sur ces trois points, le peuple ne peut rien faire. Sauf en cas de changement de société, les nouveaux politiciens y arriveront automatiquement et vont changer des lois, les salaires, etc. Il nous faut des solutions radicales, hors des conférences et des méthodes classiques. 
  • Q5: Zainab vous l’avez fait, vous avez brisé les tabous, vous êtes une femme, qui dessine des femmes nues, et qui lutte contre cette autorité religieuse et politiques dont vous venez de parler. Je suis sûr qu’aujourd’hui il y a beaucoup de jeunes hommes et femmes qui nous entendent, et qui sortent de la normativité, qui dessinent, dansent, chantent hors du cadre de la normativité. Quel conseil a Zainab Fasiki pour ces personnes-là? Quel chemin de combattant faut-il entreprendre?
  • R5: Tout d’abord, il est très difficile pour une nouvelle personne de faire ce que je fais maintenant. Il faut se lever contre sa famille, les lois, la société, l’autorité religieuse, les traditions, etc. Et ce n’est pas facile, il faut avoir une forte personnalité. Et il y a des gens qui veulent vivre une vie normale, sans cette guerre et sans tous ces problèmes. C’est pour cela que je conseille chaque personne qui veut se lancer dans ce genre de choses d’être très prudente. Il est bien d’être libre et de s’exprimer avec liberté, mais il faut être prudent. Ce que je fais moi par exemple n’est pas du tout facile, je me suis mis dans une position de danger, où plusieurs personnes peuvent me nuire, que ce soit physiquement, légalement, etc. Donc ce que je veux dire, surtout à la nouvelle génération, à laquelle j’appartiens d’ailleurs, ne soyez pas victimes du lavage de cerveau culturel qu’on est en train de vivre aujourd’hui, car c’est dommage qu’il existe a des marocains qui n’ont que 15 ans et qui sont déjà dans l’harcèlement, et qui ont déjà une position contre les homosexuels, les femmes qui sortent. Le problème c’est que ce marocain aura besoin de beaucoup d’années pour se libérer de ces idées. Donc il ne faut pas être victime de cette propagande, il faut toujours s’éduquer et essayer de comprendre avec son propre cerveau avant de prendre position.
  • Q6: Zainab Fasiki, au sein du milieu artistique au Maroc et dans le monde entier, on trouve une majorité d’hommes. Je voudrais que vous me parliez de votre expérience en tant qu’artiste dans ce milieu masculin.
  • Q7: En fait, j’ai beaucoup à raconter concernant mon expérience, car l’art, depuis longtemps, est connu comme un domaine noble, intellectuel, bourgeois, donc automatiquement masculin. Depuis le début, le domaine artistique a été encombré d’hommes, et beaucoup de facteurs les ont aidés pour ce faire. Etant une personne qui a grandi dans un quartier populaire, qui provient d’une classe entre pauvre et moyenne, mon père est un artisan à l’ancienne médina de Fès, je me suis retrouvée dans des galeries, je me suis sentie aliénée, j’ai subi un choc relatif à la classe sociale. Je ne suis pas née dans un milieu intellectuel ou riche, et beaucoup de gens m’ont combattu à cause de celà, j’ai vécu une sorte de racisme intellectuel, sachant qu’il y avait aussi des femmes qui étaient contre la prise de parole. En addition à tout cela, il y a aussi mon jeune âge, j’ai commencé à l’âge de 20 ans, heureusement je n’ai pas vécu de harcèlement car j’étais très attentif et très sélective vis à vis des personnes avec lesquelles je travaillais. 
  • Q7: Concernant ce point, si il y a des artistes femmes qui nous entendent aujourd’hui, comment proposeriez vous qu’elles se protègent?
  • R7: Moi je me suis beaucoup protégé en me basant sur ce que j’ai appris des harcèlements quotidiens que je vivais dans la rue, dans le bus, etc. J’ai développé une méfiance envers chaque homme avec lequel je travaille, que je rencontre où avec lequel je sors. Il y a des fois où je me trouve se méfier d’un homme avec lequel je travaille et qui me propose de prendre un café, alors qu’il le fait avec toute son innocence. La société a donc appris aux femmes de se méfier de tous les hommes qu’elles rencontrent. Comment se protéger? Il ne faut faire confiance à personne. Il ne faut pas comme même laisser cette méfiance nous freiner dans notre carrière, mais il faut toujours prendre des précautions. Il y a beaucoup d’hommes qui m’accusent d’avoir avancé dans ma carrière en ayant des relations sexuelles avec des gens qui m’auront aidé, alors que ce n’est pas du tout vrai. Ceci témoigne de l’incompréhension et l’innaceptation de certaines personnes de voir une femme qui accomplit des choses avec son travail. 
  • Q8: Je voudrais qu’on parle de la rivalité. Il y a beaucoup d’hommes, des masculinistes, qui disent qu’il existe des rivalités entre les artistes femmes, et que les femmes ne veulent pas voir d’autres femmes avoir du succès.
  • R8: Malheureusement, ce genre de choses existe effectivement. Mais avant de répondre à cette question, je voudrais d’abord dire qu’il y a beaucoup de femmes qui m’ont supporté, comme moi je supporte beaucoup d’autres femmes car je voudrais montrer qu’il y a une présence féminine. Pour ce genre de comportement dont vous avez parlé, je ne veux pas l’appeler compétition ou rivalité, mais c’est plutôt une forme de lavage de cerveau de la part du patriarcat, qui est exercé sur les femmes pour qu’elles détestent les autres femmes qui sont dans la quête de la liberté. Donc automatiquement, cette femme, qu’elle soit libertaire ou pas, elle verra, par le prisme du système, qu’une femme ne doit pas faire tout cet effort. Et ce que je ne comprends pas encore plus, c’est la guerre entre les féministes eux mêmes. Je pense que cette guerre est dûe à l’incompréhension de plusieurs du fait qu’il y a beaucoup de courants de féminisme, c’est un concept pluriel et non singulier, et il n’y a pas de féminisme qui est supérieur aux autres. Par exemple, mon féminisme milite pour le choix de la femme, donc je me dessine nue, et je suis critiquée par des féministes qui disent que je suis en train de m’objectifier. Mais avant de parler de l’objectif du corps, on doit d’abord parler du consentement. Une fois que la femme choisi de monter son corps, ce n’est plus de l’objectifisation, cela devient un choix. Il ne faut pas tomber dans le piège du féminisme terroriste, radical et extrémiste qui, au lieu de respecter les choix de la femmes, lui oblige un certain type de liberté. J’espère que toutes les femmes comprennent ce message, et que les féministes s’unissent.
  • Q9: Justement Zainab, nous travaillons ensemble dans ce projet, plus qu’une invitée, vous êtes aussi l’illustratrice de Machi Rojola. Vous dessinerez des hommes nus, et nous verrons la réaction que cela va susciter chez les gens.
  • R9: D’abord, je voudrais exprimer ma gratitude, je suis très ravie d’avoir travaillé sur ce projet. Beaucoup de gens me demandent pourquoi je ne dessine pas les hommes? Je dessine bien des hommes, vous les trouverez sûrement dans mes carnets de croquis. Sauf que, dans mon combat, je suis dans la libération du corps de la femme. Je sais que beaucoup de gens ne seraient pas d’accord avec moi sur ce point là mais je pense que le corps de l’homme est déjà libéré, certes, il n’a pas une liberté absolue, mais il a sûrement des privilèges et des avantages. Si on va à la plage par exemple, moi je devrais cacher mes fesses, mes hanches pour ne pas être harcelée, tandis que l’homme, tout poilu avec son slip, malgré qu’il m’attire aussi en tant que femme hétéro, donc si on veut appliquer leur argument qu’on doit se cacher pour ne pas exciter les hommes, cela doit être appliqué des deux côtés. Mais le plus logique, c’est d’arriver à contrôler ses désirs, comme le font les femmes. C’est pour cela que je me suis concentré sur la femme, car c’est un sujet urgent. Les hommes n’ont pas besoin de moi, il a besoin de féministes et d’hommes activités qui vont le libérer de cette masculinité toxique pour des masculinités plus positives. 
  • Q10: Je suis d’accord avec vous mais pas complètement. Car il y a une catégorie d’hommes qu’on a tendance à oublier, comme les transmen, et comment l’espace public peut les affecter.
  • R10: Oui bien sûr, c’est comment la nudité est vue dans une société patriarcale. 
  • Q11: Zainab, je vousdrais t’interroger sur la discrimination positive, ou les critères d’inclusion dans l’art, les festival, les galleries, où on impose des quotas. Qu’est ce que tu en penses?
  • R11: Pour moi, la présence de la femme dans un projet ne doit pas être dûr juste à l’image que veut donner l’organisme de l’égalité. Il faut qu’il ait une vraie intégrité dans le choix des femmes qui vont y participer. Les compétences doivent être le premier critère. Le féminisme ne se résume pas dans l’intégration d’un certain genre dans des projets. Pour que les femmes soient présentes dans tous les domaines, il faut de l’éducation qui commence dès le jeune âge au sein des familles et des écoles, il faut que les femmes aient le même accès à l’éducation à à l’emploi. La physiologie de la femme est considérée négative par les employeurs alors que ce n’est pas le cas, cette physioloie est très importante pour l’humanité.
  • Q12: Dans le domaine artistique au Maroc, les femmes sont-elles payées moins que les hommes?
  • R12: Par expérience, les artistes femmes au Maroc ne sont pas payées autant que les hommes le sont. Ceci est à cause de faits comme celui que j’ai mentionné auparavant, au cinéma par exemple, les femmes sont données des rôles secondaires, dans le marché d’art, il y a une faible présence des femmes. Quand j’étais à Skefkef par exemple, qui est un magazine marocain radical, on était toujours 15 dessinateurs avec une seule dessinatrice, ou deux au maximum. Ceci a des conséquences, la demande est souvent dirigée aux hommes, d’une part parce qu’elle est plus visible, et d’une autre part car les hommes arrivent à se développer car ils ont plus d’expérience.
  • Q13: Zainab, beaucoup de personnes disent, notamment sur les réseaux sociaux, qu’il ya des artistes marocaines ou du sud du monde en général,  instrumentalisées par l’occident, pour vouloir montrer que toutes les femmes du sud sont dominées. Donc ils sont dans une démarche de visibilisation d’une artiste du sud, pour se procurer l’image de sauveteurs du monde à l’occidental.
  • R13: Je vais d’abord donner mon avis personnel, moi en tant qu’artiste je ne vois pas de différences entre nord et sud, je pense qu’on est tous égaux sauf peut-être dans les ressources matérielles. En tant qu’artiste qui a fait le tour de beaucoup de pays du monde, je n’ai jamais oublié mon pays où j’ai fourni le plus d’efforts. Donc ce que je pense de l’occident qui invite des artistes marocaines, algériennes ou autres, moi je vois que c’est un point positif. Mais si il y a une volonté politique derrière qui veut reproduire l’image des femmes de l’afrique et moyen orient victimes, là je ne suis pas d’accord. Mais il ne faut pas oublier que c’est l’artiste qui est responsable de lui-même, il ne faut pas qu’il se laisse manipuler par les forces politiques, sauf si son but est de chercher une fausse visibilité qui ne peut être bénéfique à personne. J’ai refusé beaucoup de voyages après avoir fait des recherches sur l’association qui m’invite et ses bailleurs de fonds.
  • Q14: Zainab je sais que vous n’utilisez pas de langue de bois. Aujourd’hui, parmi le public, il y a des hommes qui nous entendent. Si vous leur adressiez la parole directement, qu’est ce que vous allez leur dire?
  • R14: Je voudrais vous dire que nous ne vous combattons pas, nous ne vous détestons pas, ce n’est pas ça le féminisme. Vous n’êtes pas nos ennemis. Mais s’il vous plaît, admettez vos privilèges, que vous avez reçus de la religion, des politiques, des traditions et des coutumes. Ceci serait le premier pas vers une société plus saine. Je trouve que cette question est très importante car je reçois beaucoup de commentaires de la part des hommes sur les réseaux sociaux qui me disent que ma place  est la cuisine. N’oubliez pas que vous n’avez pas grandi, travaillé si votre maman n’avait pas préparé des repas pour vous nourrir. Donc la cuisine n’est pas une insulte, c’est une place très sacrée et respectable. Et chaque homme qui ne respecte pas les femmes ne respecte ni sa mère, ni sa sœur, ni sa fille, ni lui-même. Donc je voudrais vous dire que le féminisme n’est pas une guerre, on veut la paix et on est fatigués de la guerre.
  • Q15: Zainab, l’homme de demain, comment vous le voyez?
  • R15: Je vais parler de l’homme marocain de demain. Je voudrais qu’il soit plus conscient, qu’il change vers le mieux, at qu’il sache qu’il n’est responsable ni sur le corps de la femme, ni sur ces choix. On voit toujours quand on parle de virginité, d’avortement, que l’homme se sent autoritaire et apte à juger les choix personnels d’une femme qu’il ne connait pas forcèment. De plus, je voudrais que l’homme marocain de demain arrête son hypocrisie. Les hommes marocains ont tendance à vouloir être libres mais de ne pas vouloir voir des femmes libres à leur tour. Donc les hommes souffrent d’un narcissisme extrême, il y a aussi cette notion de neutre ou d’origine masculine, même dans la langue par exemple. 
  • Q16: Zainab Fasiki, qu’est ce que la masculinité pour vous?
  • R16: Pour répondre à cette question, je vais m’interroger, pourquoi on n’entends pas beaucoup parler de la féminité? Est ce que la masculinité est le centre de tous? Ma réponse est un questionnement en soi. Est ce que la masculinité fait référence à la force, la sagesse? moi je pense que non. Rojola à tous les autres genres autre que le masculin. J’espère que la masculinité n’a plus toutes ces références, et j’utiliserais le mot Rojola le jour où Ounouta (féminité) sera aussi utilisée. 
  • Q17: Zainab je n’ai jamais entendu parler d’un boulanger violeur qui a été pardonné parce qu’il fait du bon pain. Mais cette question est très présente dans le domaine artistique, séparer l’artiste de l’œuvre, même s’il est violeur ou harceleur.
  • R17: Cette question est très importante, dernièrement on a vu un réalisateur français qui a violé des mineures et aussi des femmes majeures, mais ses films sont toujours projetés aux cinémas et gagnent encore des prix. Que ce soit dans le cinéma, la peinture ou autre, on voit que des hommes reçoivent des prix, sachant qu’ils ont commis des crimes comme le viol et l’harcélement. On se met donc à dire qu’il faut séparer l’artiste de l’œuvre, à mon avis, il ne faut pas séparer, car l’artiste est un messager, donc si il est un criminel, il est hypocrite. L’art est noble, on ne peut pas transférer des messages alors qu’on a pas de morale. Moi, en tant qu’artiste, chaque dessin que je dessine provient de mon esprit, de ma raison, donc automatiquement, il ne faut jamais séparer l’art de l’artiste. Ce dernier doit se tenir pour responsable de ces actions.
  • Q18: Zainab pour terminer, avez-vous un mot à dire au public de Machi Rojola?
  • R18: Je vous remercie beaucoup de nous avoir écouté, je remercie l’équipe pour cet effort et ce projet, et j’espère que ce dernier arrive à contribuer au changement de beaucoup de problèmes sociétaux. Merci.