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Blog Tribune

Les masculinités inclusives expliquées à mon frère

Soufiane Hennani
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Frère,

Le sais-tu ?

Repenser ta masculinité, ce n’est pas juste un acte pour les Autres. C’est un acte intime, profond, un cadeau que tu te fais à toi-même.

C’est l’occasion de faire un vrai travail d’introspection. De questionner ton rapport à toi-même, ton lien aux autres. Ton regard sur les Femmes, les autres hommes, les personnes qui te ressemblent, celles qui sont différentes. Ton rapport au monde vivant.

Repenser ta masculinité, c’est prendre soin de ta santé mentale. C’est sortir des erreurs du passé et de la peur de l’avenir. C’est vivre enfin dans le présent, sans pression. C’est faire la paix avec ce qu’on ne peut changer et s’engager à transformer ce qu’on peut. C’est en finir avec le jugement. C’est déposer les fausses accusations. C’est respirer.

Frère,

Un homme qui a interrogé sa masculinité, qui l’a choisie au lieu de la subir, n’est plus soumis à l’ordre patriarcal. Il devient un homme libre. Un homme capable de tisser un rapport nouveau avec les femmes, basé non sur la domination, mais sur l’écoute, la bienveillance, la justice.

“Te libérer du rôle d’homme que la société t’impose, c’est te faire un cadeau. Pas pour être moins homme, mais pour être un homme libre.”

Oui, ce travail devrait être collectif. Il devrait se faire par l’État, par la famille, l’école, les institutions. Mais le faire à titre individuel, c’est déjà un acte de courage. Transformer un rapport de domination en un rapport d’égal à égal, c’est le plus beau des cadeaux. Pour toi. Pour les autres. C’est poser un fardeau transmis depuis des générations. C’est une respiration. Une libération.

Frère,

Je t’ai déjà parlé de privilège. Tu t’es senti attaqué. Tu t’es braqué. Tu m’as dit : “Moi aussi, je vis des discriminations.” Et tu as raison. Mais le privilège masculin existe. Il est partout, chaque jour. Quand toi, tu marches librement. Elle, elle doit planifier son trajet, éviter certaines rues. Quand toi tu t’habilles comme tu veux. Elle risque d’être jugée ou harcelée selon ce qu’elle porte. Toi, tu changes une couche, on t’applaudit. Elle, c’est normal. Quand toi tu fumes une cigarette, c’est un problème de santé qu’on voit. Quand elle fume, ça devient un problème de réputation !

Le privilège masculin est un fait frère. La seule manière de le détourner, c’est d’en faire un outil de solidarité. De justice. Et ce choix, crois-moi, c’est toi d’abord qui en bénéficies.

Frère,

Savais-tu que : 95 % des homicides dans le monde sont commis par des hommes ? (ONUDC, 2022), 1 homme sur 3 pense que “battre sa femme est parfois justifié” ? (UNICEF, 2020), Les hommes consultent moins, prennent moins soin d’eux, et s’exposent à plus de risques ? (Global Health 50/50, 2022), 75 % des suicides dans le monde sont des hommes ? (OMS, 2023)

C’est aussi ça, le coût du patriarcat. Et il est lourd, Frère.

“La coupure que nous pouvons avoir avec nos émotions est un mal-être invisible. Une violence qu’on retourne contre nous et les autres. Et ça, ce n’est pas de la force. C’est une prison.”

Je pourrais écrire des milliers de mots sur la masculinité. Mais ce qui compte, c’est ton propre chemin. C’est ta capacité à regarder en toi ce que cette dite “force”, cette “puissance”, cette “autosuffisance” ont réellement produit. Sur tes couples. Tes amitiés. Tes liens sociaux.

Frère,

Être un homme inclusif, c’est être un homme juste. C’est avoir le courage de dire à un autre homme que sa blague sexiste n’est pas drôle. C’est être libre. Capable de reconnaître ses limites, sans les lier aux attentes des autres.

Frère,

Cette coupure qu’on nous a imposée avec nos émotions est un mal-être invisible. On nous a appris à ne pas pleurer. À ne pas demander d’aide. À ne pas être doux. Et cette violence qu’on nous a faite, on l’a transformée en colère, en silence, en agressivité. Elle abîme nos liens. Elle détruit nos relations.

Oui, la domination masculine est un privilège. Mais elle nous coûte notre sensibilité.

“Un homme qui a interrogé sa masculinité, n’est plus prisonnier de l’ordre patriarcal. Il devient libre. Libre d’écouter, de respecter, d’aimer autrement. Libre d’être juste, sans dominer. Libre d’être lui-même.”

Et que vaut le pouvoir, si on ne peut même pas être nous-mêmes ?

Frère, j’ai une bonne nouvelle.

Tu tiens à ta force ? Sois fort autrement. Sois fort de ta vulnérabilité. Sois fort de ta lucidité. De ta capacité à changer.

Frère,

La masculinité est aussi une question de santé mentale. Va voir un psy si tu en ressens le besoin. Tiens un journal. Danse. Pleure. Crée. Ces gestes ne sont pas “féminins”. Ils sont humains. Et libérateurs.

Écris, frère. Interroge la domination des hommes sur les femmes. La domination des hommes entre eux. La dureté des hommes envers eux-mêmes.

Le chemin est long. Il bouscule. Mais il libère.

Sois cet homme qui n’existe peut-être pas encore.

Les propos exprimés n’engagent que l’équipe de Machi Rojola, et ne représentent en aucun cas les positions des partenaires.

La nouvelle saison de Machi Rojola est réalisée avec le soutien du programme Ajyal Égalité, financé par l’Agence Française de Développement (AFD). Mis en œuvre par Expertise France, ce programme soutient les acteurs locaux engagés pour promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes en Afrique du Nord.

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