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[INTERVIEW] Monia Lachheb 

  • Q1: Qu’est est ce que la masculinité pour toi Monia Lachheb?
  • La masculinité est un concept qui a été développé par Raewyn Connell, la première version de son livre est apparue en 1995 en anglais et a été traduite en français en 2014. Dans ce livre, l’auteure démontre qu’il n’est plus possible de parler de masculinité au singulier, puisqu’il existe de nombreux types de masculinités. C’est-à-dire, la notion de la masculinité se décline au pluriel. Il existe plusieurs types de masculinités. Le concept principal qui est une plateforme, est le concept de la masculinité hégémonique. La masculinité hégémonique correspond à l’homme exemplaire ou le vrai homme, elle se définit principalement en suprématie, et est plus fréquente que les autres types des masculinités. Quelles sont les autres types de masculinités? Nous avons ce que Connell appelle la masculinité complice, la masculinité complice qui les hommes qui essayent de façon quotidienne de ressembler à l’homme exemplaire, c’est la masculinité complice. Connell définit un deuxième type de masculinité, la masculinité subordonnée qui concerne les hommes homosexuels. Le troisième type de masculinité est la masculinité marginalisée, qui concerne les hommes racisés, celui qui est marginalisé à cause de sa couleur de peau, produit un autre type de masculinité. Ces types de masculinités se construisent différemment et en fonction des sociétés. Il n’existe pas un modèle type de tous les temps et toutes les sociétés confondues. Chaque société a sa propre construction en se basant sur le contexte historique, politique, social et culturel, donc il existe plusieurs types de masculinités et elles se définissent par rapport aux féminités. Et comment moi je donne une signification à la masculinité ou comment se manifeste cette masculinité ? Premièrement,  par son imbrication avec la définition de la féminité, en plus de ça, les types de masculinités s’imbriquent les unes avec les autres, et se définissent l’une par rapport à l’autre comme il existe des rapports de pouvoirs entre masculinité subordonnée et la masculinité hégémonique, donc puisque la masculinité hégémonique existe fortement, la masculinité subordonnée sera toujours inférieure et sous l’ombre, la même chose par rapport à la masculinité marginalisée et complice. Il existe une hiérarchie qui définit ces types de masculinités et les relations qu’ont les types des masculinités l’une avec l’autre. Évidemment, tout type de masculinité se traduit dans la vie générale et quotidienne par une manière de faire et d’être dans la société où il existe des normes de la bonne maculinité, comment devrait etre un homme exemplaire ou une femme exemplaire, et dans le même cadre social, les institutions sont différentes et participent à la reproducton de ces normes dans les rôles sociaux, je pense à la famille, l’éducation, les médias, tous participent à ancrer et reproduire ces normes de masculinités et au delà des masculinités, les féminités.
  • Q2: Professeur Monia Lachheb je vous remercie pour votre réponse complète, et justement je voulais vous poser la question en tant que chercheur.e qui a beaucoup travaillé sur le genre dans un contexte maghrébin. La question que j’aimerais vous poser est par rapport aux particularités de la masculinité maghrébine, comment pouvez- vous la définir?
  • La masculinité maghrébine est sous forme de pratiques communes, le premier point principal sur lequel il faut s’arrêter est la relation entre la masculinité et la féminité. Donc la masculinité doit être supérieure à la féminité, c’est là où parle de la domination des femmes, elle se traduit dans les interactions quotidiennes par la force physique, qui arrive jusqu’à la violence. La notion de protecteur et de performance est omniprésente dans la vie de l’homme. Dans le CSP tunisien, ou la moudawana au Maroc, l’homme est le chef de famille, et c’est une manière de lui accorder une suprématie par rapport aux femmes, pourquoi ce n’est pas elle qui est cheffe de famille? Dans nos sociétés maghrébines, nous avons des mères célibataires, des femmes divorcés, femmes veuves, et sont capable de travailler, éduquer des enfants etc, elles sont dans une dynamique sociale qui leur permet d’être cheffes de famille, mais dans nos lois, l’homme est cheffe et responsable de famille , donc voilà, c’est des manières de faire, c’est sa voix rauque, ce sont des détails et des choses simple qu’on peut rassembler, et qui donnent un portrait complet. 
  • Q3: Professeur Monia Lachheb dans vos travaux sur la masculinité vous parlez aussi des masculinités donc, la masculinités chez les personnes LGBTQI+, les masculinités hors stéréotypes, qui transgressent les lois de la masculinité hétéronormative, donc ma question est par rapport à la masculinité dans le futur, est ce que vous trouvez qu’il y a une possibilité de sortir de la masculinité hégémonique?
  • Pour être franche avec quoi, je ne suis pas vraiment optimiste sur ce point là, cette normativité a des racines et qui est ancrée dans nos sociétés, et quand je dis nos sociétés je parle des sociétés en général, le patriarcat est là avec des degrés différents. Par rapport à nos sociétés maghrébines, elle est enracinée encore plus, les évolutions qu’on peut observer actuellement par exemple, quand tu sors dans un espace public, tu peux te rendre compte que c’est un espace genré en terme de chiffres, les hommes sont beaucoup plus nombreux que les femmes, les espaces qu’on fréquente comme les cafés, les bibliothèques, les théâtres, au sein de l’espace public, on l’on trouve des hommes qui y sont à l’aise, pouvant s’asseoir n’importe où et n’importe quand, alors que les femmes, leur position dans la place publique est très définie, on juge qu’elle ont des choses à faire dans l’espace public, partent avec un objectif précis, celui d’aller voir leur enfants, faire les courses etc, on ne trouvent pas de femmes juste comme ça dans l’espace public, elles deviennent au yeux de la société, des femmes de moindre morale, du coup, au sein de cette dynamique, nous témoignons à une intensification dans l’islam politique qui a déjà un backgroud qui lui permet de définir la masculinité et féminité , tout ceci participe à la pression sur les féminités et renforce le patriarcat. Donc je ne suis pas vraiment optimiste par rapport aux masculinités maghrébines dans le futur.
  • Q4: Professeur Monia Lachheb je veux vous poser la question par rapport les hommes féministes du maghreb, en tunisie nous avons l’exemple de Taha Haddad qui a écrit un livre, un chef d’oeuvre des lectures féministes maghrébines qui s’appelle: “Imraatona Fi charia wa mojtama3”, pareil en egypte, nous avons Qassem Amine. Donc ma question est à quel degrès ces hommes féministe ont pu impliquer les hommes et les femmes dans la production d’un futur meilleur pour la sociétés et les femmes, et quelles sont ses limites ?
  • A mon avis leurs lectures ont été très informatives, la première version du livre de Taha Haddad par exemple est sorti en 1930 et en époque caractérisée par le colonialisme quand même, où il a fait une lecture féministes, il a posé la question sur le Hijab par exemple. Cet homme est un “Zaytouni”, il n’est pas n’importe quel homme féministe, son parcours universitaire s’est fait à Zaytouna, il donne une force à son discours. Il a parlé de l’éducation des filles et de l’obligation de les éduquer dans une époque où l’éducation n’était pas ouverte à tout le monde, où même les hommes n’étaient pas tous scolarisés. Les questions qu’il a posé sont très intéressantes et ont contribués graduellement et malgré les grandes pressions politiques et sociales et les critiques qu’il a pu subir à l’époque, nous prenons Tahar Haddad et ses écrits comme une référence historique, qui a grandement aidé à l’évolution et le changement du regard de la société envers les féminités, les femmes, et les contributions des femmes dans l’évolution des sociétés, qui ont été très importantes et efficaces. Cette contribution a pris son chemin par la volonté politique,  qui a aidé à faire connaître les idées de Haddad, qui par la suite étudiées par des chercheur.e.s pour mieux les comprendre, et qui ont aidé à ouvrir des horizons vers l’évolution des lectures féministes/
  • Q6: Professeur Monia Lachheb, avant dernière une question, tu es une professeure universitaire et tout le temps en contact avec les jeunes hommes et femmes, comment les masculinités sont présentes chez ces personnes maghrébines en tant qu’étudiant.e.s chercheur.e.s, comment les masculinités se manifestent dans le milieu universitaire?
  • La masculinité dans le milieu universitaire n’est pas dissociée de la masculinité ou la féminité dans la société en général, elle n’est pas dissociée des normes de féminités socialement valorisées, donc vous allez trouver des hommes dans leur aspect physique et sa façon d’agir et la mise en scène de soi en général, qui doivent être plus proche dus modèl de la masculinité conventionnel, nous avons l’exemple de la tendance de la petite barbe, qui une a signification historique, et une signification d’attribut de masculinité très fort, et c’est visible dans ses intéractions quotidienne dans la mise en scène de soi. Nous nous intéressons aux interactions parce que la société n’est pas faite que du masculin et féminin, donc il est intéressant de voir comment cet homme interagit avec autrui, comme femme ou individus qui appartiennet à la comunauté LGBT etc.
  • Q7: Dernière question professeure Monia Lachheb, nous savons que vous travaillez sur le grand maghreb et avec des chercheur.e.s du nord afrique, à quel degré ces coalitions régionales entre Maroc, Algérie et Tuisie, peuvent aider à construire une société égalitaire dans le futur?
  • La vérité je crois en ce que j’appelle “la maghrébinité” , les sociétés Marocaines, Algériennes et Tunisiennes constituent la région du maghreb, et qui sont différentes à mon avis des pays arabes islamiques, et entre le Maroc, l’algérie et la tunisie, nous retrouvons plusieurs différences malgré leur proximité géographique, historique et sociétés dans les détails. A mon avis, dans cette maghrébinité nous vivons un échange d’expériences et des participations différentes contribuent dans les recherches que nous faisons ensemble, elles.ils participent à mettre la lumière sur les points qui caractérisent la région: Les points géographiques, politiques, sociales et économiques. Connaître ces points contribue d’une manière ou d’une autre à l’évolution de la région en général, et même dans le cadre de l’égalité hommes femmes. Nos expériences sont très différentes entre le Maroc, l’Algérie et Tunisie. En tunisie, le CSP (code social et personnel) est apparu en 1956, au Maroc la Moudawana est apparue en 2004 et c’est très récent historiquement; ces différences contribuent dans l’évolution de l’égalité dans la région maghreb.
  • Professeure Monia Lachheb, un dernier mot pour les auditeurs de Machi Rojola, qui sont des femmes, des hommes et des personnes s’identifiant en tant qu’hommes ou femmes?
  • J’aimerais leur dire que l’éducation égalitaire des enfants est la manière la plus adaptée et la plus efficace pour réaliser l’égalité entre les hommes et les femmes dans nos sociétés, quand je dis l’éducation égalitaire, je pense principalement au cadre de la famille, si j’ai un garçon ou une fille, il faut que je les éduquent de la même manière dans les interactions quotidiennes, et pas que dans tout ce qui est matériel, ça d’une part, d’une autre part, il nous faut des programmes éducationnels qui contribuent à la diffusion de la culture de l’égalité entre les femmes et les hommes, j’aimerais bien les voir. Nous avons ainsi un problème dans nos manuels scolaires, quand je vais à une institution éducative pas que pour apprendre la géographie, les sciences et l’histoire, mais aussi, l’école doit impérativement contribuer et efficacement dans la diffusion de la culture de l’égalité avec une manière indirecte, quand tu ouvres un livre d’histoire ou de géographie, et tu vois que “mon père fait du bricolage au jardin, ou est au café”, alors que la mère est “à la cuisine, prépare à manger pour la famille”. Ceci est un modèle traditionnel dont nous devons nous détacher et ceci rentre dans le cadre justement de la diffusion de la culture égalitaire. J’aimerais voir les médias avec tous ces types et supports, aider et contribuer à la diffusion de la culture égalitaire. Dans les plateaux de télévisions par exemple, qui est ce qui sont les plus présents et qui parlent de tout: la politique, l’économie, le cinéma etc… Ce sont majoritairement des hommes, et c’est pour ça que les institutions médiatiques doivent participer à la diffusion de la culture de l’égalité. Voir un homme politique ne veut pas dire automatiquement qu’il n y a pas de femmes politiques, ces femmes existent en tunisie, en algérie et au maroc, mais elles n’ont pas les chances et les opportunités pour apparaître dans les médias pour pouvoir défendre leur avis et contribuer à la diffusion de la culture égalitaire. Donc les institutions sociales doivent travailler ensemble dans un cadre dynamique et à long terme et qui a pour objectif d’améliorer la culture de l’égalité entre les femmes et les hommes.
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