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[INTERVIEW] Hicham Lasri
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[INTERVIEW] Hicham Lasri 

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  • Q1: Hicham Lasri vous êtes non seulement réalisateur, écrivain et artiste, mais aussi combattant. D’après ce que j’ai compris après avoir lu votre biographie, votre œuvre est un engagement, tous vos travaux s’inscrivent dans un combat. Je voudrais donc commencer par une question que je pose  à tous mes invités, surtout les assignés hommes, qu’est ce la masculinité pour vous? Et si la masculinité avait une échelle, où vous y positionnerez-vous?
    • R1: Moi je pense qu’il n’est pas important de nous définir en tant qu’homme ou pas. En fait, moi je suis un humaniste, dans le sens où, pour moi, un homme, une femme, un garçon ou même un animal , ils appartiennent en fait à la vie. C’est quelque chose qui est précieuse, importante, de laquelle on doit s’occuper, qu’on doit approcher avec miséricorde, si on peut appeler ça comme ça… Parce qu’on vit  ensemble, on est sur une planète, on est en train de vivre ensemble, et le déséquilibre, à la fois émotionnel, biologique, géologique, n’est pas bénéfique car quand on élimine une chose, on est en train d’éliminer une autre. Donc, pour moi, je n’essaie pas de séparer les chose, au contraire, on est dans un grand bain, on est mélangés, et c’est ça la beauté, c’est comme des fleurs, il y a des couleurs, des odeurs, des transformations, qui font que c’est très beau quand c’est beau, et donc on a besoin de préserver ça. La masculinité au Maroc a aussi cette connotation d’impulsivité, donc pour moi, être homme, c’est d’être dans l’impulsion , être dur, être effrayant, etc. Je n’encourage pas ce genre de terminologie parce qu’elle met en avant quelque chose qui est évidente, que l’homme est plus faible que le femme, et qu’il bluffe pour montrer qu’il est en charge. Depuis toujours c’est la femme qui dirige, qui endure tout le poids de la vie,  que ce soit officiellement ou officieusement, il faut juste l’accepter. Dans mon cas par exemple, j’ai été élevé par ma mère, c’est elle qui m’a appris le français et beaucoup d’autres choses, donc je n’avais même pas besoin d’être dans le genre, j’avais juste besoin d’être dans une logique de civisme, de bonnes  manières,  etc. C’est vrai qu’il y a des choses qui me dérangent profondément, à titre d’exemple, pendant mon footing matinale quotidien, il y a toujours un genre de personne qui regardent de manière dégradante les femmes qui sont en train de courir, moi personnellement, ça me dérange, même si je ne les connais pas, et ça me pose problème. Donc si on parle de masculinité, c’est aussi cette fragilité sexuelle, cette incapacité à communiquer, parce qu’un regard, c’est juste une manière de vouloir dire quelque chose, à quel moment ce regard devient dérangeant? je ne sais pas. Et j’ai beaucoup travaillé la-dessus pour comprendre, je ne veux pas simplifier les choses et dire que c’est de l’hypocrisie sociale, de la répression, et tous ces là, mais je pense qu’il faut aussi le regarder avec une  tendresse, pour dire en fait les gens n’ont pas les codes de parler avec une femme qui leur plait, il y a des moyens de communiquer qui sont plus doux, qui sont dans la nature et qui ne coûtent rien aussi. Plutôt que de regarder avec férocité une femme parce qu’elle a des formes, pourquoi ne pas lui sourire, ou lui faire un compliment, etc, donc c’est là ou ça se joue. En fait dans notre société, on a tellement posé des choses sur le ds de l’homme,  qu’il n’arrive pas à être lui même , il a besoin de montrer qu’il est violent, qu’il est fort, qu’il est dans l’incommunicabilité, et ce n’est que de la fragilité en fait. Pour moi, les hommes, dans le monde arabe globalement, c’est des enfants qui n’ont pas encore atteint la maturité pour communiquer, leur regard est un regard de détresse. En ce qui concerne l’échelle de masculinité, je ne sais pas, en vérité je m’en fous , je suis genderfluid, je peut être un extraterrestre aussi, pour moi cela n’est pas d’une valeur importante. Je pense que la vraie valeur c’est la tendresse qu’on  peut mettre dans le monde.
  • Q2: Nous allons revenir à ces questions de masculinité, toxique et positive, mais nous allons en parler dans le domaine du cinéma. Avant cela, je voudrais vous poser une question relative à la thématique de l’épisode d’aujourd’hui: comment dé-masculiniser les arts?
    • R2: Pourquoi dé-masculiniser les arts? Pourquoi ne pas juste accepter? Moi par exemple, quand je regarde un film, je sais que la caméra c’est un détecteur de mensonge. Donc quand le regard masculin est toxique derrière, je le sens , quand il ne l’est pas je le sens, quand le réalisateur est amoureux de l’actrice ou de l’acteur, je le sens, quand il veut filmer un corps, mais qu’il n’a pas encore assumé sa propre pulsion, je le sens, etc.  Il y a beaucoup d’exemples où on est trahis par nos gestes, par notre approche, par des choses comme ça. Je pense que l’art c’est aussi une manière de se battre contre ses propres démons, ses propres facilités, sa propre incapacité à communiquer, en fait ça traduit ça. Une chanson, c’est aussi une manière de dire: je ne comprends pas très bien, mais j’essaie de comprendre. Ce genre de choses est très intéressant, parce qu’on est en construction, une œuvre d’art, c’est quelque chose qui est toujours en construction, on creuse des fondations, et on essaie de bâtir quelque chose qui n’existe pas. Il y a une approche, selon la note d’intention du départ, et je pense que le cinéma au Maroc reflète ce qu’on voit dans la rue: un regard toxique, une manière un peu chelou de regarder la femme… Je pense que tant qu’on n’a pas résolu ça en tant que personnes, ce n’est pas l’art qui va le résoudre à notre place, du coup c’est le miroir de ça. Et il y a le double discours, il y a des gens qui donnent l’impression d’être abrasifs, révolutionnaires et tout cela, ils essayent de filmer la femme à poil, la femme jusqu’ç à certain point, mais c’est toujours maladroit parce qu’il n’y a pas de grâce. Il n’y a qu”un regard imposant, et cela ne marche pas, parce que les gens ne sont pas prêts à l’accepter, et aussi le regard  un peu contraire, des gens qui dégradent la femme. Au maroc on a appris à être dans la clandestinité, c’est-à-dire: fais ce que tu veux, tant que tu es caché, après il y a aussi le mélange toxique, le cocktail molotov de la religion, au maroc on fait pas ça, etc, qui rentre dans les comptes, et des gens qui donnent leur avis, etc. Donc il y a tout ça qui rentre, mais c’est intéressant parce que c’est de l’agitation, et l’agitation on peut commencer à nettoyer, à avoir de l’action.
  • Q3 : Ne trouvez-vous pas qu’il y a pas trop de réalisateurs mâles au Maroc, et les femmes n’ont pas d’opportunités pour s’exprimer ?
    • Oui bien sur, mais c’est une tendance mondiale, non seulement au Maroc , le cinéma , comme beaucoup d’autres domaines, ça a toujours été une sorte d’action masculine, parce que la femme jusqu’à un certain point, était à la maison pour garder les enfants, c’est pas qu’au Maroc, on a quelques trains à rattraper là dessus,  mais il y a une évolution, on voit de plus en plus de femmes actives qui occupent des places, de grandes cinéastes un peu partout dans le monde y compris au Maroc. Donc il faut se donner le temps. Pour moi ce qui me faire un peu peur c’est de vouloir brûler les étapes de se casser la gueule, c’est ça qui est un peu désagréable. les sociétés évoluent et puis il y a des moments de rupture, et puis il y a des évolutions et de changement de mentalité que ça soit pour l’esclavage, pour les droits de la femme, etc… Moi j’ai fait un film, The Sea Is Behind qui parle de L’Hdiya, qui est l’incarnation d’un homme qui danse, parce que à un moment donné de notre histoire la femme ne pouvait pas sortir à part si c’est une prostituée, c’est la même chose dans les pieces de theatre de Shakespeare, il y avait des hommes qui jouait le rôle de femme etc. Il faut juste transposer ça pour comprendre ça c’est vrai qu’on vit dans une époque de Cancel Culture, mais c’est pas une manière saine, c’est pas en jetant le livre qu’on va régler la chose. Quand j’entends un peu le discours au maroc pas seulement sur la question du genre, mais un peu sur un certain nombre de sujets, j’ai toujours l’impression qu’on essaie de plaquer, parce que c’est facile de plaquer des concepts qui marche ailleurs, sans se rendre compte qu’on est pas au même niveau d’évolution, les gens ne sont pas encore prêts, il faut avoir la tolérance qu’on est pas encore prêts de dire ça il faut encore deux trois étapes pour y arriver de manière organique. Cela veut dire que ça doit venir de nous, et ce n’est pas la démagogie philosophique autour de tout ça, qui va faire que ça va marcher plus.
  • Q4 : Donc il faut avoir un cinéma féminin ?
    • Bien sûr, évidemment, pour moi pour le dire différemment,  un film c’est un film , le regard masculin ou féminin peu importe, en fait, ce qui est intéressant c’est de dire ok travaillons contre les stars de la société quand on fait un cinéma social, travaillons pour le l’avenir quand on fait un cinéma de science-fiction… parce que c’est un réalisateur ou réalisatrice à moment donné je pense que ça n’a pas beaucoup d’intérêt, le talent c’est ça qui est pour moi important, vraiment. Dans l’histoire, c’est vrai qu’il y a une injustice parce que les femmes on les a cantonné à des rôles de monteuses parce que c’est ça c’était ça, voilà il y a des réflexes, on a appliqué un schéma de société sur l’industrie du cinéma et c’était fabriqué par des hommes parce que c’était les hommes qui ne faisait pas la cuisine c’était dehors. Maintenant on voit les hommes dans les cafés mais avant c’était autre chose. Donc je pense que ça évolue en fait il y a de grands hommes cinéastes qui ont marqué l’histoire du cinéma et puis en fait c’est vrai que l’homme a été là un peu avant donc il a une sorte d’avance. Mais là on voit, je fais même pas attention en fait, càd quand je parle à réalisateur jeune je vois pas une femme ou un homme, je suis pas dans ce truc là ,je  vois le talent, une proposition cinématographique intéressante et c’est ça qui est intéressant à observer plutôt que de dire bon par rapport au contenu de ce qui se passait avant mais on a toujours eu des cas de cineastes d’ecrivains d’artistes, etc…
  • Q5 : Hicham, je vais faire un peu l’avocat du diable, je vais parler de la culture pour toutes et pour tous, donc je vais parler du cinéma pour toutes et pour tous. Moi ça se trouve que je ne suis pas une femme, mais j’ai plusieurs identités multiples et compliquées. Quand je regarde le cinéma, en tant que Soufiane, je ne me retrouve  pas. Je me vois très peu,dans le cinéma mondial, je ne me vois jamais dans le cinéma marocain. Je me dis souvent qu’il y a quelque chose qui manque. Je trouve des femmes limitées à des rôles secondaires, mais les hommes ont toujours des rôles de pouvoir.
    • Oui mais il y a aussi Wonder Woman en fait, je peux te donner aussi des contre-exemples et tout ça mais ça ne va pas résoudre la problématique de base. Je pense que à quel niveau en fait le cinéma doit être que le miroir de la société, je sais pas… pour moi le cinéma c’est d’abord le miroir d’un imaginaire, d’une proposition de monde alternative où chronique quelque chose qui n’est pas forcément existant moi je pense que le cinéma qui est très proche du réel c’est un cinéma de consommation. Quand on regarde Netflix par exemple, on regarde des films pas très intéressants parce qu’ils sont dans cette logique mainstream pour dire bon on est à la page on est maintenant tout de suite il faut réagir par rapport à je ne sais pas quoi. Or, ce n’est est pas forcément ça et on a pas besoin de résoudre l’équation sociale à travers chaque cas, chaque personne doit avoir un sorte de double dans un film je pense qu’on peut se projeter dans un extraterrestre comme on peut se projeter dans un je sais pas quoi et c’est ça qui est intéressant dans le cinéma.
  • Q6 : Mais cet extraterrestre est hétéronormatif en fait…
    • R6: Pas forcément, je pense que les gens se rendent compte actuellement, ça veut dire que même Marvel va installer un personnage gay etc; je pense que les mentalités changent. Je pense que Marvel c’est Disney, et Disney c’est la famille, etc. On est dans le rouleau compresseur Marketing et capitaliste, moi j’ai toujours vu des films des années 80 et 90 qui sont très gay, qui parlais de cette culture la de manière un peu pushy, mais c’est un cinema underground. La question qu’il faut se poser c’est à quel point on arrive à ce point ou les gens l’acceptent sans que ça devienne un élément marketing? là on a dépassé la phase où la culture gay sort du ghetto pour devenir un outil marketing. Quand Marvel va faire un personnage gay, on répond à la société, au besoin de la société, donc on est dans du Coca-Cola, on est dans la vente, dans quelque chose qui répond  au marché en fait. Or, il y a beaucoup de cinéma en fait de genre, même dans les années 60 70 80, qui sont dans le cinéma underground, qui ont traité la question du genre d’une manière ou d’une autre. Il y un grand film que j’adore qui s’appelle Cruising, je pense dans les années 80 qui parle de ça, mais avec un regard hetero qui est intéressant, parce que ça parle de meurtre, de crime… L’ambiance est  étouffante. Maintenant quand on parle de ça c’est toujours gay dans le sens joyeux. Donc voilà, il y a une évolution dans les mentalités. Il ne faut pas se tromper, le cinéma c’est aussi un broyeur d’argent, ça demande beaucoup d’argent, quand on arrive à faire un film ça veut dire qu’on a dépensé énormément d’argent pour le financer, pour le produire etc. Quand ça arrive, les Américains sont très pragmatiques, il faut que ça soit un minimum rentable. Donc voilà, donc ça aussi on est là-dedans, c’est beaucoup plus facile d’écrire un livre, ou de faire une BD ou une chanson ou des trucs comme ça. Mais je pense que les mentalités changent, je suis très conscient quand je rencontre plein de jeunes qui sont un peu plus apaisés, jeune marocain je parle garçon ou fille, qui sont plutôt apaisée dans cette approche là ils sont moins crispés ils ont moins peur.  Parce qu’au Maroc c’est quoi, la question de l’homosexualité qui se pose au Maroc c’est quoi? c’est que les hommes ont peur, donc ils sont effrayés par leurs propres pulsions. D’où cette histoire de clandestinité qu’on retrouvait en Europe dans les années 50-60, il fallait se marier pour avoir une façade. Donc là on est encore là dedans, il faut un peu de temps pour que ça change. 
  • Q7 : Les critères d’inclusion dans les festivals, vous êtes pour ou contre?
    • Je suis mitigé là-dessus, ça veut dire qu’on est dans les quotas,  ça veut dire quoi, ça veut dire en fait qu’on oblige certains à baisser le niveau et d’autres ont les montent pour qu’ils arrivent au niveau de certains. Or que pour moi la question du talent est fondamentale et fondatrice, après c’est débattable. Un film mieux qu’un film, c’est un point de vue totalement subjectif, quel que soit le film, c’est ça qui fait que c’est intéressant, c’est un art intéressant et populaire, parce qu’on peut en parler, on peut s’engueuler dessus, et c’est beaucoup plus intéressant que de parler de foot parce qu’à la fin si on a gagné on a gagné, là c’est beaucoup plus compliqué , il faut élaborer une autre théorie que oui on a marqué un meilleur but. je pense que c’est intéressant de sensibiliser sur la question de la parité, mais à un moment donné en fait, on se tire une balle dans le pied, parce que parfois il y a des des gens qui sont meilleurs que d’autres, c’est la grâce divine ou je sais pas quoi, le karma ou un truc comme ça, qui fait que c’est pas une question de genre, c’est une question de ce qu’on propose, de rigueur de talent des choses en fait qui nous échappe en tant que genre.
  • Q8: Mais on peut dire qu’il y a un problème dans le fait que tous les talents sont conjugués au masculin, il y a quelque chose qui cloche, quand dans un festival par exemple, on ne trouve qu’une représentation des hommes. Il y a des sociologues, des cinéastes et des activistes qui parlent de  sur-visibilité des talents masculins.
    • Oui, mais il y a aussi des gens qui disent qu’il y a une sorte de démagogie de retour de féminin, ça veut que dire ça aussi, c’est une sorte de remarque à prendre en considération. Moi ce que je dis c’est pas là, ce que je dis c’est qu’il faut donner un peu de temps, les hommes, ils ont pris de l’avance parce qu’ils ont commencé plus tôt à faire du cinéma. Donc c’est presque organique. La femme doit encore se battre un peu plus, c’est plus compliqué pour s’imposer. Le cinéma, c’est très simple, si on commence par 22 ans, on est trop vieux, si on fait pas un film à 22 ans, c’est trop tard. Et on est dans un monde où tout va tellement vite, on doit être un peu diplômé et machin et on a 27 ans et on se marie, on a des enfants et on a plus le temps de faire des films. C’est très important et la femme le subit beaucoup plus que l’homme. Parce que l’homme peut s’échapper, il peut s’extraire de ça. Mais moi je pense qu’ il faut se donner du temps. Là on parle de plaquer faire une greffe qui risque de ne pas tenir en fait, parce que si on biaise l’approche, on dit bon, on a sept meilleurs films fait par des hommes, alors qu’à la base c’est pas forcément réfléchir dans cette logique là, on a sept bons films, il y a des films faits par les femmes et on va essayer de trouver en fait un équilibre. Et du coup en fait tout devient un peu flottant, c’est très difficile de dire quel film est meilleur qu’un autre film. C’est très compliqué. Il y a tellement de films qui se font. Mais je comprends la question, je pense que la question c’est qu’il faut donner l’opportunité à la femme d’être formée plus, il faut lui donner l’occasion d’avoir où les mêmes outils que l’homme…
    • Q9: je crois aussi que c’est plus, rendre justice à son talent, aujourd’hui le problème qui se pose on aussi dans la littérature, c’est que le talent féminin, ou le talent au féminin, n’est pas reconnu, ça veut dire il y a le male gaze, il y a beaucoup de réalisateur, je dis ça comme ça tu peux me corriger bien sur, quand j’utilise une caméra, je le fais avec toutes mes identités. Et les gens qui font évoluer le film aujourd’hui le font avec un critère qui est conjugué au masculin, ça veut dire le male gaze,  ça fait partie aujourd’hui des critères qur lesquelles on se base pour choisir un film, sauf que la femme quand elle fait le film… évidemment il y a des des femmes réalisatrices aux critères, mais il  ya aujourd’hui des réalisatrices qui ont un regard féministe, féminin, etc, mais on dit que le film n’est pas bon, qu’il est très engagé, etc.
    • R9: Oui ça c’est du micro-management, ça veut dire rentrer dans un débat comme ça c’est un peu aller dans des détails et je pense qu’on n’est pas là pour rentrer dans les détails. Donc on est à un moment où il faut juste équilibrer les choses, et je pense qu’il y a beaucoup de talents organiques féminins, il y a beaucoup de talent féminin, ça existe dans la littérature, dans le cinéma, la musique, etc. Il faut juste un peu de temps pour que les choses soient équilibrées. Pour moi on peut parler aussi de cinéma par pays, pourquoi il y a des cinématographies plus fortes que d’autres, c’est à peu près le même combat. Parce que on peut faire la métaphore du genre par la nationalité, et dire qu’il y a beaucoup de pas plus intéressants cinématographiquement que d’autres…Qu’est ce qui définit ça? Pour quelles raisons? Et on va chercher, on va trouver une vraie logique. Pourquoi le cinéma français il produit 200 films, et forcément ils ont une dizaine de films qui tiennent la route, qui sont bons, etc, au Maroc on produit 20 films, forcément on n’a que deux films qui tiennent la route, mathématiquement, on est dans les statistiques. Et donc je pense que la question du genre, moi j’ai rencontré beaucoup de femmes, réalisatrices puissantes. J’ai été à Berlin avant la pandémie pour travailler sur mon prochain film avec ma productrice, et pour moi c’est très important d’avoir une collaboration comme ça, avec quelqu’un qui n’a pas le même regard que moi, par exemple ma productrice, Lamiaa Chraibi, passe beaucoup de temps à me dire “Bon Hicham là tu es encore en train de porter ton regard d’arabe là” tu vois? sur la femme et tout ça. Et c’est intéressant parce que c’est un dialogue, il y a un sens de healing, j’essaie de ne pas être que mes automatismes, finalement masculins,  je regarde la femme d’une certaie manière, que ça doit être la femme fatale, ou la mère, ou la sainte, de sortir de ces icones là pour proposer autre chose, c’est très difficile en tant qu’écrivan d’écrire des rôles de femme qui soien des femmes pas des icones, et pas des choses… c’est pas Wonder Woman quoi, de ne pas rentrer la dedans, et je n’ai rencontré que des femmes qui sont productrices, ça veut dire toutes les productrices sont majoritairement femmes.  Qu’est ce que ça dit sur le métier? ça veut dire que les productrices, c’est elle qui ont finalement un pouvoir, un vrai pouvoir sur le cinéma, etc.  Et donc je pense que c’est plus évident actuellement, et forcément on aura plus de femmes plus à l’aise, ça veut dire moi opprimé, moi avec des producteurs libidineux, un peu gros, avec leurs cigares, et pas d’idées… Donc voilà, je pense que les choses se font de manière organique, et c’est très beau, on est dans les détails, parce que je ne suis pas face à une femme, je suis face à un producteur, et il m’apporte un regard, des conseils sur mon film, etc, et du coup c’est là où je suis un peu retiscent à dire non, nous contre les autres et tout ça, c’est pas une guerre en fait, on vit sous le même toit dans la même planète et va tous crever un jour si on ne se fait pas attention. Donc c’est très important de ne pas forcément chercher le conflit, de ne pas être  à la limite de la guerre civile entre sexes et tout ça, parce que moi je pense que maintenant on est dans une étape de construction, créer des ponts, élaguer les malentendus, travailler sur des atavismes historiques,  de ne pas dire que ça n’existait pas, dire que ça existait, mais à partir de maintenant il y a des moyens de changer ça sans être aussi dans la Cancel Culture, de dire bon ça n’a jamais existé, c’est pas censé exister, avec un discours un peu violent, c’est pas comme ça qu’on communique, je pense qu’il faut avoir un dialogue serein et une dialectique intéressante parce que c’est comme ça qu’on fait évoluer les sociétés. 
  • Q10: En tout cas surtout quand on est artiste en fait, parce que l’artiste c’est surtout son engagement de changer le monde avec beaucoup de poésie. Parce que l’activiste a besoin de colère, j’imagine…
    • R10: A la base c’est les politiques qui doivent changer le monde pas les artistes. Les artistes proposent une vision, qui peut être totalement perchée, à côté de la plaque, et personne ne va leur reprocher ça. 
  • Q11: Et qu’est ce que vous pensez de l’artivisme?
    • R11: Écoute, moi je ne me considère pas comme un activiste, moi je suis quelqu’un qui a choisit de vivre au Maroc parce que c’est un pays qui me passionne, c’est mon pays, surtout à Casablanca, et que je ne peux pas être dans un endroit sans être traversé pas ses vérités, sa justice, ses injustices, ses éléments,  son électricité et tout ça, d’où, en fait toutes les histoires que je raconte c’est des histoires humanistes, je ne suis pas là pour dire ça contre ça, et de créer une dialectique, je suis là pour la vérité, ma vérité à moi, ce que je voit, ce que je ressens, que je traduit à travers des écrits ou des images, ou même dans “Bissara Overdose” on voit des personnages qui sont comme ça, des études de caractère, mais l’activisme après je pense que ça dépend de l’honnêteté de la personne, c’est à dire il ya des gens… c’est à dire c’est un commerce comme un autre, c’est à dire on revient à quelque chose qui est débile, mais il ne faut pas se perdre, il ne faut pas perdre de vue qu’il y a des gens qui sont passionnés par des causes, et puis il y a des gens qui ont besoin de boulots. Et ça existe dans le cinéma, dans la chanson, dans la politique,  dans l’administration, etc. Et moi je pense que sans passion, on ne peut pas aller très loin, on est vite démasqués, et on est vite fatigués, parce que c’est des marathons, ça veut dire quand tu embarques un printer pour le marathon, le pauvre il ne va pas durer longtemps, il va démarrer sur le chapeau de rouille, on va le trouver sur son ventre à 200 ou 300 mètres plus loin. Là en fait je pense qu’il faut être dans la vérité de la société, être honnête, dire des choses qui parfois… Pour moi ça m’a attiré beaucoup de problèmes, parfois juste  de dire des   choses simples, pourquoi on me prend pour un activiste, je suis juste quelqu’un qui dit ce qu’il pense  et parfois ça m’attire des ennuis.
    • C’est un activisme de dire ce qu’on pense…
    • Oui, je suis quelqu’un d’engagé, ça veut dire je ne réfute pas que l’injuste m’hérisse en fait, le fait de s’arranger avec les faits, être dans une histoire apocryphe, c’est quelque chose que je n’accepte pas, et on est nombreux à vouloir établir la vraie vérité, celle qui peut être partagée sans que ça nous fasse mal, parce que nous, on a envie que  les choses soient trop bien parce qu’on est fragile, hors il faut embrasser cette fragilité parce que c’est ça qui fait de nous des gens dans ce monde là, des choses en fait qui nous font mal. Et en fait on revient par écho à la question de Rojola, ce n’est qu’une fragilité en fait qu’il faut assumer, quelqu’un qui essaie de faire le dur, c’est juste quelqu’un qui ne peut pas dire, en fait je ne sais pas parler aux femmes, ou j’ai un problème avec  les femmes, ou il y a quelque chose que je dois gérer, je peux le gérer mais…
  • Sauf que ça pose trop de dégâts, le viol, le harcèlement…
    • Mais bien sûr, la maladie mentale aussi, quand on cherche bien , la dépression, la maladie mentale, ça veut dire les gens ils ne sont pas… Parce qu’on parle d’un monde idéal où tout le monde a toute sa tête mais  il y a les statistiques à la fin, c’est un marocain sur trois qui est dépressif, il faut chercher les autres maladies. Donc il faut accepter ça sans être dans le jugement, il ne faut pas être dans la violence, il faut être dans: Ok, comprenons, et puis essayons de trouver de vraies solutions, c’est aussi de trouver des traitements, des accompagnements, c’est aussi un accompagnement, comme un enfant pour traverser la route, comme ça il va pas se faire percuté par un camion quoi
  • Le problème de la masculinité et du féminisme, c’est que, tout à l’heure on parlait de féminisme, quand c’est violent on trouve que c’est radical, c’est violent, etc. Mais l’homme quand on va le critiquer, on va dire qu’il est malade mental, qu’il faut prendre ça en considération,  et ça c’est quelque qui fait partie de la domination masculine dans laquelle nous vivons. 
    • Oui mais parce que en fait la femme n’est pas dans les extrêmes, de manière très simple. Le cas dernier qui m’avait interpellé c’est le garçon qui a été violé et tué, et tout le monde a appelé à la peine capitale sans chercher à comprendre, parce que c’est une réaction émotionnelle. La femme ne va pas violer ou tuer un enfant, c’est pas le même combat. Ca veut dire on ne parle pas des mêmes dégats, la femme elle est là, sa place elle est souvraine, il faut le dire et le redire et le surdire, pour que ça rentre dans la caboche de certains. Mais on ne va pas soigner les hommes en les forçant à accepter quelque chose qu’ils ne comprennent pas. Il faut revenir à ça aussi, il faut faire comprendre. Quand je parle d’accompagnement, c’est comme quelqu’un qui écrit avec la main droite et il faut lui changer la manière d’écrire. Toute l’histoire humaine, elle est construite aussi sur la domination masculine, depuis les suffragettes, etc, donc on ne peut pas réparer ça en cassant un bras et en lui mettant Jbira (plâtre traditionnel pour les fractures d’os), c’est beaucoup plus complexe, parce qu’il faut accepter aussi, c’est là où je ne vaux pas opposer les deux. La femme a sa place, il faut juste qu’elle soit un peu plus affirmée, définie, acceptée par certains,  sans forcèmement que ça soit la fanfare, la femme conduit le taxi et tout ça, parce que on s’en fout, c’est pas vraiment ça le but ultime de ce combat là, le but ultime et que chacun trouve sa place qui lui rend justice en fait. On revient à la question de justice, c’est pas l’un contre l’autre pour moi.En fait actuellement, pour rattraper le temps perdu, on est dans un discours qui peut être hystérique, je déteste dire  ce mot dans cadre là, parce que rapidement on passe pour un arabe rétrograde et tout ça, mais il y a aussi une violence en fait, il y a une sorte de violence où on accuse des gens de choses qu’ils ne font pas, c’est ça l’injustice en fait. Alors que moi ce que je dis, il faut de la justice sociale, la femmes a toujours eu sa place. Moi c’est ce que je disais à la base, la femme a toujours dominé. Et comment elle a dominé, est ce que c’est en étant frontalement au front, ou est ce qu’elle a dominé en tirant les ficelles, ça se joue à ce niveau là. Donc sa place, elle n’a besoin ni de ruser, ni de faire des choses, ni de tirer des ficelles, il faut juste être acceptée, et de ne pas être dérangée par le regard de quelqu’un  assis sur la terrasse d’un café. Est ce que ça va changer? moi je ne pense pas, ce regard là ne va pas changer, parce que on peut le traduire par une question de désir, on peut rentrer chez Freud, on peut rentrer chez Yung, on peut rentrer chez pleins de gens qui ont écrit des livres là dessus, c’est des choses qu’on ne va pas résoudre en forçant politiquement les gens à  avoir une position.
  • Hicham, quand la caméra s’éteint, le festival se termine, il y a un autre problème, il y a le viol, le harcèlement sexuel. Beaucoup de gens disent que le Me Too au Maroc n’a pas encore eu lieu.
    • Il y a quelque temps j’ai écrit un post sur instagram, j’aime beaucoup faire du storytelling sur Instagram, et j’ai écrit un post où je me disais je ne suis pas un réalisateur qui fait des castings à 3h du matin, dans un endroit très chic à Casa, parce que en fait j’ai beaucoup d’amies actrices qui me racontent  à propos de réalisateurs ou directeurs de casting qui les appellent à 1h du matin pour faire un casting et tout ça, ce que je trouve  d’un improfessionnalisme  ahurissant, c’est des conneries assez terribles, donc j’ai écrit le post, et ça a eu énormément d’impact sur les gens, parce que ça a beaucoup fait rire, et en même temps ça a dit des choses, ça a révélé en fait qu’on est encore là dedans, ça veut dire l’utilisation d’un pouvoir. Tout le monde maintenant veut être acteur on dirait, il faut juste se rendre compte que c’est plus facile d’être acteur ou d’être je ne sais pas quoi, champion olympique, donc tout le monde veut être acteur, on pense… c’est très compliqué d’être acteur aussi. Donc tout le monde dit oui, je veux tenter ma chance, essayer, mais bon, pourquoi pas. Moi je trouve il y a deux choses, je trouve que c’est intéressant de donner la chance à des gens pour passer devant la caméra, ça veut pas dire qu’ils deviennent acteur, ça c’est intéressant, garçon ou fille ou enfant, tout ce qu’on veut, mais pour revenir à la question de harcèlement, ça existe, évidemment que ça existe,  mais il faut aussi savoir il y a aussi une offre, il y a des  femmes qui acceptent ça. Et du coup il y a une sorte de genre qui est très  bizarre qui s’opère, ça veut dire j’ai fait mon enquête, je ne parle pas comme ça dans l’air pour défendre… moi  je ne bois, je ne fume pas, j’adore danser, je suis vegan, etc, et jamais je ne fais harceler quelqu’un et d’abord je ne sors pas avec les actrices, de toutes les manières, ça ne m’intéresse pas, je préfère sortir avec un architecte ou un médecin qui va m’apprendre quelque chose, il y aura un échange, voilà, je trouve ça beaucoup plus  intéressant, beaucoup plus enrichissant, et aussi ça dénote d’une volonté d’aller ailleurs et ne pas rester enfermé dans son propre clan. Donc comment réparer ça, je ne sais pas. Je pense que le cinéma malheureusement, c’est aussi une industrie, et chaque fois qu’il y a de l’argent quelque part, t’as toujours les profiteurs et les marchands, il y a toujours des gens qui veulent tirer profit de ça, et la femme elle est toujours dans cette guerre, malaheureusement, c’est très con de le dire mais ça existe. Le Me Too en fait est très compliqué  au Maroc pour une raison simple, on est dans une fragilité économique, une actrice qui va faire une sortie médiatique pour dénoncer X ou Y, il y a une qui l’a essayé je pense, c’est Amal Saqr, je pense qu’elle a essayé mais elle n’a jamais donné de nom, parce que après on rentre dans un truc, un peu compliqué, tout ça c’est dommage, ça aurait été intéressant de voir l’impact de ça dans les mentalités, ça a fait trembler les gens, moi je me rappelle j’ai rencontré des gens qui étaient en train de trembler parce que Amal elle a une personnalité qui peut être abrasive, moi je la connais, je la salue d’ici aussi, mais il faut avoir ce courage là, ça veut dire ce qu’on fait les gens aux états unis c’était une sorte de suicide professionnel, comme Rose Mcgowan, et toutes ces femmes là, c’était une sorte de  suicide professionnel qui a conduit à ça, qui a révélé des choses, et du coup, ça a dénoué, ça a ouvert la porte de Pendore, et à partir de là il ya eu toutes ces histoires là, qui  ont été révélés au pblique. Au maroc je pense qu’on n’est pas encore là parce qu’on est encore sur la juri diction des Hchouma (pudeur), de ça se fait pas, de ça pourrait être une prostituée, la société ne pardonne pas. Je suis en train de filmer un film avec Jawjab sur le viol, et ils font une série en animation sur le viol, et en fait le postulat de départ c’est qu’il y a des témoignages de femmes réelles, et on m’a proposé un que je trouvais très dur et très violent parce que la femme à la fois elle raconait son histoire et en même elle ne voulait pas passer pour une prostituée, elle ne voulait pas passer pour quelqu’un qui a accepté de partir avec un homme sans qu’on comprenne que c’est son droit de dire non, même quand on part avec quelqu’un, implicitement ça ne veut pas dire qu’elle a accepté, ça veut juste dire qu’elle sort… et c’était très compliqué, pendant trois mois je refusais de faire le film parce que je n’arrivais pas à gérer ça, parce qu’il y avat une sorte de contradiction à la fois dans son récit et en ce moment on sentait qu’elle cachait des choses, on sentait qu’elle était là en train de vouloir colorier d’une autre couleur quelque chose qui s’est passé, et c’est très intéressant de travailler, pas sur cette histoire là, mais sur le regard de la société, et la phrase qui se redit c’est “Notre société est difficile”, c’est ça la phrase. Son histoire peut être touchante, elle est touchante, peut être “heartbreaking”, tout ce qu’on veut, mais finalement c’est classique, c’est des histoires qu’on va raconter, mais ce que je trouve intéressant c’est d’attaquer la société, et pas de juste dire regarder ça existe.
  • Ne pensez-vous pas qu’ au cinéma il y a un engagement éthique de changer ce genre de choses, parce que on le sait tous et toutes que beaucoup de scènes de viol sont romantisées dans les films marocains. On parlait justement tout à l’heure du Male Gaze, il y a beaucoup de scènes de victimisation ou encore de culpabilisation des femmes, quand il y a une scène de viol. Donc il n’y a pas de messages de sensibilisation dans le cinéma, n’est-ce pas un engagement du réalisateur?
    • Non, je pense que le cinéma n’est pas là pour donner des leçons. Ca veut dire il ne faut pas se tromper, le cinéma doit donner une direction, parce que si tu commences à donner des leçons dans un film, les gens décrochent, ce n’est pas son rôle, les leçons c’est à l’école, ou même à la télé, ou des spots de sensibilisation, le cinéma doit te faire traverser un monde où tout est réfléchi de manière à ce que tout soit cohérent par rapport aux personnages, au postulat de départ… Il y a des films violents, il y a des films sur la violence où le viol est un élément, ça veut dire si on parle de Irreversible et tout ça, il marche très bien parce que c’est rebutant, alors que pendant 15 minutes, Monica Bellucci se fait violer. Alors moi quand je l’ai vu sortir en salles, c’était en France, et ça a coïncidé avec les élections présidentielles,   c’est très bizarre mais le contexte était très important, je suis sorti terrorisé du film parce que c’était Le Pen qui montait en 2002, c’était une atmosphère bizarre, il fallait aussi prendre le métro… Bref tout ça a fait, le viol, c’est quelque chose qui m’a boulversé en ce moment là, et en fait, sans qu’il donne des leçons, sans qu’il dit ah c’est mal et tout ça, non, il te fait vivre la réelle expérience du viol, et tu sors terrorisé, tu sors mal dans ta peau, tu n’es pas là à dire elle est jolie Monica Bellucci, mais tu dis c’est des monstres. C’est ça en fait la force du cinéma, ce n’est pas de te donner un message clair, simple, c’est de te faire ressentir des choses, sinon on fait des documentaires, des reportages ou des choses de sensibilisation,  c’est très important pour nous. Parce que lorsqu’on commence à dire que le cinéma doit donner quelque chose, on se trompe, ça veut dire qu’il y a des réalisateurs qui font des films où on sent le message, il ne faut pas qu’on sente le messag, il faut qu’il nous traverse, il faut qu’on sorte et dans notre ADN, il y a quelque chose qui est rentrée malgré nous. Et c’est ça qui  est fort dans l’art, c’est comme la poésie, le cinéma pour moi s’approche beaucoup plus de la poésie que de la fiction, ou de la musique, parce qu’il y a une puissance de transformation qu’il a tout le temps, mais il faut l’activer, et il faut du talent pour l’activer, il faut avoir un vrai regard sur la société. Moi je pense que ce qu’il faut questionner par rapport au cinéma marocain, c’est la pertinence des gens qui le font, ça veut dire qui fait le cinéma au Maroc? Pourquoi? Pour quel intérêt? Ça veut dire que là on n’est pas en train de faire le film, on est juste en train de poser la cartographie de qui fait le cinéma au Maroc, sachant qu’il  y a toujours des gens qui ne servent à rien, il y a toujours des profiteurs, des parasites, parce qu’il y a des subventions des des choses comme ça. Du coup, notre faiblesse cinématographique vient de là, parce que il y a des gens qui n’ont rien à dire, quand on ne connaît pas Mohamed Kheireddine, quand on ne connaît pas la vraie culture marocaine, on  n’écoute pas la musique marocaine, on n’est pas dedans, on va raconter des histoires à deux balles, inspirées d’autres films, et bien sur ça va être une pâle copie, d’une pâle copie, d’une pâle copie, parce que en fait, il n’y a aucune pertinence. C’est facile de faire polémique,  on montre un cul, on montre quelqu’un qui fait une connerie et ça y est, on va faire le buzz, ça va faire le truc, mais à quel point c’est du cinéma, ça c’est autre chose.
  • Okay, il y a une autre question que j’aimerais te poser concernant l’image de l’homme  marocain ou maghrébin, dans le cinéma mondial, quand il est filmé par des réalisateurs marocains, ou pas des réalisateurs internationaux. Donc le fait de consacrer l’image de l’homme sauvage, bédouin, terroriste… Qu’est ce que tu en penses?
    • Oui mais en fait c’est des clichés, je pense qu’on est en train de sortir de ça. Il ne faut pas oublier que le cinéma c’est aussi un travail d’icônes. Parfois, quand on écrit un personnage, on a envie que ça soit facilement accessible aux spectateurs, on n’a pas envie de mettre 5 minutes pour raconter qu’il vient de ceci ou cela, donc on fait l’arabe terroriste, etc. Mais on est en train de sortir de ça, c’est des clichés un peu vieux, ce ne sont même pas des clichés intéressants. Après il y a aussi le rouleau compresseur narratif, ça veut dire la fois où on a besoin d’être dans l’ellipse, on n’a pas besoin de chercher, le méchant il a une gueule de méchant, le bon il a une gueule de on, la fille elle est jolie, et forcément c’est une histoire d’amour, etc, mais ça c’est le cinéma grossier. Il y a un autre cinéma qui est beaucoup plus fin, beaucoup plus subtil, proche des sensibilités des gens. Et il faut voir ces films-là, parce que voilà, le cinéma c’est pas un bloc, c’est des genres, c’est des talents, des tendances, etc. Si on regarde des films de grands cinéastes on ne trouvera jamais ça, même le cinéma c’est de jouer contre ces clichés là. Quand on est en face d’un cinéma d’action, ou ce genre de choses, forcément il serait plus direct, il y a une sorte de compression de sens, il n’y a pas de subtilité, et c’est ça le genre. Mais il y a des films qui fonctionnent sur des formules qui simplifient la compréhension, ça veut dire leur travail ce n’est pas de rendre justice au réel, c’est d’être efficace, c’est un travail d’iconisation où on a ces clichés là, que ce soit l’arabe, ou la femme, etc. 
    • “Kenza F Douar”, on est en famille devant la télé et Kenza dans le douar, Kenza Dans la cuisine, Kenza dit “n’importe quoi”, l’homme est dminant, il y a une…
    • C’est pas vrai, est ce que vous avez vu “Kenza F douar”?
  • Je l’ai vu malgré moi, la vérité…
    • Non, Kenza F Douar c’est l’histoire d’une femme qui vient de la ville, et qui en fait apprend à connaitre une population qu’elle ne comprend, c’est la qu’il y a une doule question et de la femme, et du modernisme, et de l’urbanisme. Elle vient avec l’idée  qu’elle est supérieure sur eux, et elle commence à être absorbée par le quotidien, les problèmes qu’ils ont et tout ça. Ca c’est l’histoire de base, c’est moi qui ai écrit l’histoire, c’est moi qui ai écrit les scénarios, je ne l’ai pas écrit  en désactivant mon cerveau, je l’ai écrit avec aussi l’idée que, on va parler aux gens, et le genre est très particulier, le sitcom, ça fonctionne sur des mécanismes où il faut faire gaffe aux clichés, aux idées reçues…
    • Mais il y en a pas mal…
    • Oui si tu veux, mais en fait  c’est pas agressif, c’est un élément qu’on a dans la société pour jouer de lui, le déjouer. Pour faire de l’original, il faut partir de l’archétype et pas du cliché, et pas du stéréotype. Donc voilà, pour moi c’est le stéréotype de dire  que parce que c’est à la télé marocaine que c’est débile et tout ça. Mais après on revient à la question de … ça appartient à chacun dans sa perception. Moi, en travaillant, il y a des choses qu’on nous a fait couper parce qu’il y avait trop de modernisme là dedans. Là on expose le regard masculin, on rigole avec le fait que la femme elle baisse les yeux, qu’elle est courtement habillée, et toutes les femmes   elles  commencent à dire pourquoi elle porte ça et nous non.  Ça devient une révolution dans un petit village enfermé, dans nul part, dans une sorte de monde télévisuel, c’est pas du tout réaliste.   
  • Je te suis Hicham c’est très beau, mais moi inclus, c’est pas ce qu’on va vu. Le marocain au Ramadan à l’heure du Ftour, c’est pas ce qu’on voit.
    • Oui mais ce que retient le marocain au Ramadan c’est Lahrira si on schématise… (rires). Non mais c’est vrai, pour moi c’est l’impact, le choc, c’est pourquoi j’ai arrêté de faire ce genre de projets pour Ramadan, parce qu’ à un moment donné il y a une délipidation de sens et une agressivité présumée du spectateur. Donc forcément on se fait attaquer par des journalistes qui savent pas écrire sur le cinéma, mais qui savent écrire sur le sitcom parce que c’est très facile, parce que c’est des gens qui parlent, mais les mêmes journalistes quand je leur dit ok, j’ai fait Jahilia, ça parle de viol, et ça parle de choses super dures de manière extrêmement anxiogène, ça commence avec une nana qui se fait violer, écrit moi quelque chose dessus, écrit moi quelque chose qui n’est pas sur des personnages qui parlent entre eux. Ils sont incapables de faire ça, parce qu’on est dans une logique de subtilité qui est proche de la société, de sa tension, de son atmosphère, mais ils ne sont pas capables de synthétiser quelque chose qui leur appartient, une réflexion sur la société, ou même sur l’art, ou même sur les films chorales, ou même sur un certain nombre de choses. Kenza F Douar c’est parce que c’est l’idée d’être dans la ligne claire narrative où c’est un personnage qui vient   dans un monde qu’il ne connaît pas vraiment, il essaie d’imposer sa loi, mais c’est elle qui va être transformée, comme toujours, c’est presque un schéma, “fish out of water”, un schéma narratif. 
  • La vérité, pour ne pas être malhonnête, je suis tes films, on ne comprend pas quand on voit le cinéma de Hicham Lasri et le sitcom qu’il a fait…
    • Parce qu’on ne regarde pas bien, moi je dis…
    • Mais c’est contradictoire…
    • Pas du tout, absolument pas!  Pour moi, faire deux saisons de Kenza F douar, que j’ai écrit et réalisé, c’est très important, ça veut dire que je maîtrisais, et on m’a donné en fait… dans la logique… on est dans un média de masse. La différence entre The Sea Is Behind, je peux montrer un sein, et Kenza F douar, c’est que quand je rentre chez ma mère, elle n’a pas envie de voir ça, elle a envie de voir quelque chose, c’est les rites des invités, quand on rentre chez les gens, on ne rentre pas avec les pieds sale. Donc tu joues sur quelque chose de beaucoup plus simple, beaucoup plus claire, on respecte en fait la notoriété des gens, quand on veut passer à la télé c’est clair, c’est pas la censure, c’est un cahier de charges, il ya des choses qu’on montrer et des choses qu’on ne montre pas. Parce qu’on s’adresse à beaucoup de gens et si on commence à faire des choses irresponsables à la télé, on revient à la question de filmer une prostituée parce que c’est une prostituée, et on rentre dans ce cliché là, donc on essaie d’éviter ça. Et il ne faut jamais oublier que moi j’ai aussi fait Bissara Overdose, et j’ai fait No Vaseline Fatwa qui sont des jonctions. C’est Bilal Lmarmide qui a lancé ce cliché là, que je fais la télé et le cinéma de manière différente, alors que non, pas du tout, on ne regarde pas dans le bon sens c’est tout. Pour moi Bissara Overdose par exemple, qui parle d’une femme, agressive, etc, qui essaie de défendre son truc alors qu’on sent au fond d’elle même qu’il y a juste une sorte de fragilité et que la société l’a poussé à devenir comme ça, c’est ça l’étude de caractère, pour moi c’est des Caracter Studies, c’est même pas des fictions. Pour moi c’est des jonctions entre ce que j’ai fais pour la télé, et ce que j’ai fais pour le cinéma, et les romans aussi, etc. Pour moi il y a une cohérence et il faut la chercher, il ne faut pas projeter une sorte de préjugés comme ça, et je suis assez virulent parce que c’est très facile de dire ah vous faites ça, mais non je ne suis pas un mercenaire, je suis un artiste, je ne fais que les choses qui me convainquent, qui me passionnent, et en fait tourner Kenza f Douar c’est quoi? C’est écrire pendant six mois, et tourner pendant sept semaines, c’est beaucoup pour un mec qui veut juste gagner de l’argent, ça ne m’intéresse pas, je veux gagner de l’argent, je fais Louis Vuitton en deux jours,    je gagne beaucoup plus d’argent. Et c’est moi qui décidais, c’est moi qui choisis, c’est moi qui choisis tout ce que je veux et voilà, à un moment donné en fait, la position de l’artiste c’est aussi d’affirmer, et je n’ai pas envie  qu’on me dises non j’ai fait ça, non, je ne suis pas un mercenaire, donc je ne peux pas faire Kenza F Douar avec l’idée qu’on se fout de la gueule des gens, impossible. Il faut voir d’autres projets que j’ai fait pour la télé de manière beaucoup plus simple, les téléfilms et des séries que j’ai fait pour la télé qui sont pour défendre ces idées là, la femme, sa position, par exemple, ce n’est qu’un exemple parmis tant d’autres. L’accomplissement c’est faire rêver les gens, moi je pense que ce qu’on doit  dire de notre art c’est pourquoi on ne fait pas rêver, on va trouver un idéal utopique, etc.
  • C’est qui le cinéaste du futur pour vous?
    • Le cinéaste du futur c’est un talent, comme toujours en fait, moi j’ai toujours un esprit étudiant, dans le sens où chaque jour doit être un jour d’apprentissage de quelque chose, peut importe, il ne faut pas s’arrêter à ce conseil, il faut toujours le questionner pour apprendre ou ajouter quelque chose ou le renier ou retravailler autre chose. Moi je pense que l’étude de l’histoire des arts et du cinéma en particulier, c’est qu’ il y a des révolutions  à la fois industrielles et techniques qui font évoluer les mentalités et donc la société évolue.  Maintenant le cinéma il est partout, quand on regarde un téléphone, le cinéma il est partout, la fabrication d’images elle est partout, mais est ce que le talent y est? Maintenant ça devient la vraie question, le talent,  c’est très facile de devenir une star sur instagram, et plus tard on passe le câble vers un format beaucoup plus professionnel et on  se casse les dents, pourquoi? Pourquoi quelque chose qui marche jusqu’à un certain point qu’on accepte son côté amateur, dysfonctionne au moment où on va poser un caméra de 10 kilos, et avec des objectifs, avec des lumières, etc, pourquoi ça ne marche plus? C’est ça, c’est la question du talent, on revient vraiment… Pour moi, l’avenir, le cinéma,  toutes les formes d’art de toutes les manières, graphique, c’est la question du talent, et ça a toujours été le cas, c’est juste les moyens qui changent.
  • Et loin du cinéma, l’homme de demain, comment vous l’imaginez?
    • En fait j’espère pour lui qu’il va être plus serein, vraiment, serein, capable de dire ok, la société  c’est aussi un dialogue, la dialectique. Ça veut dire qu’on peut ne pas être d’accord sur une chose mais ça n’empêche pas la communication. Là je pense qu’on est, avec ce que je sens au Maroc c’est qu’on a envie de pousser vers une guerre civile, la guerre des sexes, je pense qu’il y a un film qui s’appelle comme ça, parce que je pense que c’est un plan, ça veut dire perturbateur, être perturbateur peut parfois arranger certains parce que c’est spectaculaire. Or, la dialectique, et c’est un travail de philosophes, l’agora, etc, c’est un échange, même si on n’est pas d’accord on ne va pas faire la guerre, on ne va pas faire les croisades parce qu’on n’est pas d’accord, on va échanger et trouver en fait un moyen de dire, ok, je suis désolé si je t’ai fais ça, et on va échanger comme ça.
  • Oui, mais n’est-il pas beaucoup plus facile justement quand on est en position de privilège d’échanger que quand on est opprimé, parce que c’est ça la question qui revient toujours. Toujours la personne en situation de privilège, elle peut être à l’aise pour être d’accord ou pas, pour échanger sur le genre, la sexualité, etc, mais la personne opprimée, elle a toujours cette colère. Et je crois que c’est de là d’où ça vient le combat féministe, le combat esclavagiste, dire que c’est pas important d’être en colère, pour changer les choses…
  • Mais  bien sûr, il faut garder sa rage, pas en colère, il faut garder sa rage, c’est un très bon carburant. Mais je pense qu’on n’est plus dans un monde où c’est coupé en deux, c’est assez clair, assez dichotomique, on a des femmes puissantes, on a des hommes puissants, on a des femmes qui n’ont pas de pouvoir, on a des hommes qui n’ont pas de pouvoir, je pense que c’est un dialogue entre des personnes à pouvoir égal. Qu’ils soient puissants ou pas puissants, ça dépend de l’endroit finalement, ça veut dire, Angela Merkel parlant à je ne sais pas qui, ils sont à rame égale, ou même déséquilibrée, parce qu’elle est beaucoup plus intelligente que les autres, c’est comme ça. Pour moi je ne le vois pas comme deux parties, c’est pas des croisades…
  • Complètement, de toute façon, le genre n’est pas binaire de toutes les manières, il n’y a pas que les hommes et les femmes…
    • Oui voilà, on rentre dans l’arc en ciel
  •  Mais il y a comme même l’homme qui est dominant, qui détient les richesses, il y a la pauvreté féminine
    • La pauvreté féminine?
  • Bah oui, 1% des femmes dans le monde sont riches
    •  Oui, bon, est ce qu’on va réparer les injustices en inventant d’autres injustices? Ca veut dire en fait c’est une question de temps, c’est une question d’évolution… 
    •  Mais pour le moment il n’y a pas de justice du côté des femmes
    • Non mais en fait, ce que j’essaie de dire… Ok j’ai compris, tu es en colère, tu es vénère…
    • Moi j’ai vécu la colère de tous les gens qui ont su que je parler à Hicham Lasri, et qui m’ont demandé de lui parler du cinéma
    •  Mais bien sur, moi j’essaie de répondre avec  joie, donc en fait pour moi l’idée c’est qu’il faut construire un dialogue, qu’on soit homme, femme, transexuel, qui on veut, il faut construie un dialogue, et à partir du moment qu’on a ce dialogue là, on a la possibilité d’évoluer ensemble, parce que finalement, si on fait la couse et que le premier arrivé est le premier servi, on va se retrouver dans le même état que l’homme qui a commencé le premier, qui est arrivé le premier, il s’est servi, il a pillé tout, et la femme elle est arrivée plus tard et elle n’a rien trouvé, et  maintenant on commence àà se dire qu”elle n’a plus rien et qu’il faut réparer les choses, alors que le dialogue c’est qu’on avance ensemble à la même vitesse.  Je pense que … oui c’est con de le dire comme ça, c’est utopiste, moi je suis de toutes les manières  utopiste, donc je n’ai pas peur de balancer des idées comme ça. Mais je pense que, si on cherche juste du côté abrasif, du conflit, ça ne va être qu’un autre conflit qui va générer un autre, etc, et on finit par oublier pourquoi on s’est bagarré à la base et il ne faut jamais oublier. Moi je suis un grand… j’ai travaillé un projet sur les croisades, et  il faut savoir que dans les croisades ça n’était jamais une guerre de religions, à aucun moment , il y a même des batailles où les chrétiens orthodoxes, avec les musulmans, se battaient contre les chrétiens d’europe, etc. Ca veut dire c’était une telle aberration parce qu’en fait chacun avait une position et devenait aveugle sur le reste. Donc moi ce que j’essaie de dire, il ne faut pas s’aveugler par sa passion  ou sa colère, ou son sentiment d’injustice parce que ça va juste générer une autre injustice. Je pense qu’il faut être ok, à l’écoute, de façon sereine, et de dire ok, comment on va résoudre ça sans que ça soit la guerre civile, parce que ça ne va pas servir, il y aura un con qui va se bagarrer et un autre qui va être en train de prendre son café, il n’en a rien à foutre, c’est ça le sentiment que j’ai aussi.
  • C’est beau ce que tu dis, sauf que moi je te suis, je regarde tes films, je te suis sur youtube, etc. Dans tes œuvres je crois qu’il y a beaucoup plus de choc que de dialogue. Moi je te suis, j’aime ce que tu fais, mais quand je vois ce que tu fais, je dis merde Hicham cette fois il va trop loin, donc justement dans ton oeuvre artistique il y a le choc, il y a aller très loin, il y a pas toujours le dialogue.
    • Non, ça dépend de quelle histoire on parle, moi je n’ai pas peur de pousser vers les limites, moi je suis quelqu’un de très conflictuel. Ca veut dire qu’il faut différencier en fait ce que je dis en tant que personne qui n’a aucun intérêt, voilà il faut le formuler comme ça, tout ce que je dis n’a aucun intérêt parce que moi je ne m’incarne que dans mon travail. Mon travail c’est ce qui me représente le plus, et mon travail ne doit pas être conjoncturel, ça veut dire ça ne parle pas de maintenant, ça parle tout court, de maintenant, de plus tard, d’avant, et j’espère que… il y a des films que j’ai fait il y a 20 ans et il y a des gens qui m’ en parlent encore, je trouve ça intéressant parce que ça reste d’actualité,  ça parle aux gens, ça leur dit quelque chose, et je n’ai pas envie de répondre en fait aux souhaits de la société ou à sa manie parfois. Quand je fais un film c’est dans l’absolu, j’en ai rien à foutre si ça pose problème ou qu’on me foute en taule ou que ça m’attire des ennuis, je suis dans mon droit de m’attirer des ennuis, je suis dans mon droit d’être honnête au point où ça pose problème aux gens. Ca veut dire en tant que “objecteur”, je prend la question  de société, et il  n’y a pas beaucoup de gens qui font ça, ça veut dire de poser les questions à la société, au lieu de poser des questions par rapport à elle même et de trouver des remèdes ou une réponse ou être  dans la non compréhension du postulat de départ. Donc j’ai pas du tout peur d’être la dedans, mais en tant que citoyen, je trouve que c’est intéressant d’être dans le dialogue, parce que c’est beaucoup plus difficile d’être dans le dialogue que d’être dans le conflit, c’est beaucoup plus difficile, c’est très difficile de faire dialoguer des gens qui ne sont pas d’accord, de manière sereine pour échanger. C’est facile de se bagarrer, on sort dans la rue il n’y a que des gens qui klaxonnent, on n’est à casa, feu rouge, tout le monde klaxonne, parce que c’est une manière d’exorciser quelque chose, l’angoisse existentielle, il s’est bagarré avec sa femme, ou un problème d’argent, ou des choses comme ça.
  • Un mot pour le public de Machi Rojola…
  • Avec la Rojola, soyez plus aisés avec nous. Non je pense qu’il faut réenvisager notre société avec le prisme marocain, et de se rappeler en fait qu’on a été élevés par des femmes, qu’on a été éduqués par des femmes, que la femme était au centre de tout juqu’à un certain âge, et à un moment donné on bascule vers la question du désir, du regard, de la femme qui n’est pas forcément ma soeur ou ma mère, ce qui est con. Je pense qu’il faut envisager ça de manière humaniste et de dire, ok, une femme n’a pas besoin d’être salie par le regard, la feme dans l’absolut elle a besoin d’être regardée avec admiration, pace que c’est très important, mais en même temps elle a besoin d’être prise au sérieux,  d’être accompagnée, elle a besoin de dialogue aussi, de ne pas juste être face  à des gens comme des hyennes quoi, voilà