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Une masculinité Féministe, est-ce possible ? (La réponse sort de la bouche des Femmes)

Soufiane Hennani
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« On ne le réalise pas assez, mais tout ce que les hommes savent des injustices, discriminations et oppressions vécues par les Femmes, c’est parce que des Femmes ont pris la parole pour le dire ». C’est ce que m’a répondu la militante Féministe marocaine Fatimazzahra Benomar, lorsque je lui ai demandé, dans un épisode de la première saison de Machi Rojola, si « un homme pouvait être féministe ? ». Cette réponse m’a profondément marqué. Peut-on dire que plus les hommes écoutent la parole des femmes, plus ils sont en mesure de comprendre ce qu’est le féminisme, ses enjeux, ses luttes, et pourquoi il est essentiel ?

Le problème, c’est que nous les hommes nous nous informons rarement sur le Féminisme auprès des premières concernées : les Femmes. Nos principales sources sont souvent des discours anti-féministes, masculinistes ou simplement erronés. Résultat : beaucoup d’entre nous ne retiennent que des caricatures. Le Féminisme serait, selon ces récits, un complot contre les hommes, une revanche des femmes, une menace pour la famille… voire une nouvelle forme de colonisation.

« On ne le réalise pas assez, mais tout ce que les hommes savent des injustices, discriminations et oppressions vécues par les Femmes, c’est parce que des Femmes ont pris la parole pour le dire ».

Certains hommes, prétendent même redéfinir le féminisme à leur façon, en effaçant tout simplement la parole des femmes. D’autres vont jusqu’à déclarer le Féminisme « est mort », prônant des perspectives post-féministes. Et certains, plus arrogants encore, pensent comprendre le Féminisme mieux que les Femmes elles-mêmes.

Ce qui rend cette posture particulièrement problématique, c’est qu’elle fait disparaître celles dont l’expérience est au cœur même du Féminisme. Elle efface la voix des Femmes. Celles qui, les premières, ont pensé, construit et porté ce combat pour faire valoir leurs droits face à des oppressions bien réelles, que les hommes ne peuvent percevoir que si les Femmes les expriment. Dans un monde où les genres vivent encore souvent séparés – à l’école, dans les familles, dans l’espace public, il devient urgent que les hommes écoutent les Femmes. Et que leur parole trouve pleinement sa place dans les médias, la culture, les échanges du quotidien. C’est une condition essentielle pour sortir de la logique de domination masculine.

Cette parole existe pourtant. Elle circule, dans les témoignages, les récits de vie, les œuvres littéraires ou cinématographiques, les podcasts. Elle est là, vivante, disponible. Ce qu’il manque, ce n’est pas son existence, mais l’attention qu’on lui accorde. Les hommes n’ont pas besoin d’intermédiaires masculins pour comprendre le Féminisme. Ils doivent simplement écouter.

“Si un homme issu d’un milieu populaire se voit refuser un poste ou une promotion parce qu’il n’est pas « un fils de », il peut comprendre que, pour une femme, le simple fait d’être une femme peut suffire à lui fermer des portes.”

Il existe également un autre levier de compréhension : l’effet miroir. Car même si les hommes ne subissent pas, en tant qu’hommes, les discriminations liées au genre, ils peuvent expérimenter d’autres formes d’injustices, liées à leur classe sociale, leurs origines, leurs identités, leur couleur de peau, ou leur lieu de vie. Prendre conscience de ces injustices peut leur permettre de développer de l’empathie, du bon sens et de comprendre ce que d’autres vivent, notamment les Femmes, dans un système patriarcal. Dans les ateliers de réflexions sur les masculinités que je facilite, des hommes me parlent des discriminations qu’ils subissent. Je les invite alors à ne pas opposer leurs expériences à celles des femmes. Il ne s’agit pas de relativiser ou de hiérarchiser les injustices, mais de faire le lien entre elles, de comprendre que ces injustices ont des racines communes.

Par exemple, si un homme issu d’un milieu populaire se voit refuser un poste ou une promotion parce qu’il n’est pas « un fils de », il peut comprendre que, pour une femme, le simple fait d’être une femme peut suffire à lui fermer des portes. La prise de conscience commence là : ce que je vis me fait mal, alors ce que l’autre vit, pour d’autres raisons, blesse aussi.

C’est par cette ouverture, cette écoute et cette reconnaissance de l’expérience de l’autre qu’on peut construire une société réellement inclusive. Car l’inclusion commence par la capacité à voir et reconnaître l’injustice que l’autre subit.

“Dans une masculinité Féministe, l’homme est libre d’exprimer sa solidarité, ses émotions, ses idées. Il refuse la violence, refuse de la reproduire. Il n’est pas façonné par la domination, mais par la liberté.”

Le Féminisme, libéré des logiques patriarcales et des dominations, reste aujourd’hui le seul projet politique qui propose un monde où chacun et chacune a sa place. Un monde où Femmes et hommes sont protégés par les mêmes droits, libres d’exister pleinement, politiquement, intimement, collectivement, individuellement.

En s’intéressant aux histoires des Femmes, les hommes découvrent que le Féminisme dépasse de loin la seule égalité entre les genres. Il aspire à une émancipation des êtres, des corps, des esprits et des cœurs. De tous les êtres. Les hommes peuvent accéder à cette richesse en lisant des autrices, en découvrant des récits de vie de Femmes, en regardant les œuvres créées par des Femmes. En renonçant au besoin d’expliquer à leur place. Et en apprenant, tout simplement, à écouter vraiment. (Genre vraiment) !

Enfin, il ne faut pas imaginer les masculinités Féministes comme l’équivalent d’une féminité soumise au patriarcat. Une masculinité Féministe, c’est une masculinité choisie, non imposée. La virilité y est possible, mais elle n’est ni la norme, ni la seule option. Elle coexiste avec d’autres formes d’expressions masculines toutes aussi légitimes. Dans une masculinité Féministe, l’homme est libre d’exprimer sa solidarité, ses émotions, ses idées. Il refuse la violence, refuse de la reproduire. Il n’est pas façonné par la domination, mais par la liberté. Le père y est un accompagnateur, pas un gardien des règles virilistes. La mère n’est pas enfermée dans un rôle de perpétuation du patriarcat. L’amitié entre hommes devient un espace de tendresse, de soutien et non de blagues sexistes ou de compétition toxique.

Personnellement, je crois qu’une masculinité Féministe est possible. A condition d’écouter celles qui ont des choses à nous apprendre !

Les propos exprimés n’engagent que l’équipe de Machi Rojola, et ne représentent en aucun cas les positions des partenaires.

La nouvelle saison de Machi Rojola est réalisée avec le soutien du programme Ajyal Égalité, financé par l’Agence Française de Développement (AFD). Mis en œuvre par Expertise France, ce programme soutient les acteurs locaux engagés pour promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes en Afrique du Nord.

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